9 - Pauvreté... ?

25 juillet

L’extrême est-il fait de vide ? Ou bien d’adhérence pérenne au chemin ?… quel que soit le seuil par lequel il passe

On se retrouve toujours « là » — avec ou sans soi — quelque part dans le film qui fait notre vie

Tout s’évanouit et tout resurgit… dans l’interstice de rien, d’un mouvement de reins, à même les mains

Alors, on ne sait plus… si l’on est pauvre ou riche, empli de sable ou de joyaux

Tout s’amenuise, mais brille toujours

Bien plus qu’avant ! — d’une lumière venue de si loin… qu’elle engage des mystères non-révolus et des terres infidèles, dans des miroitements aux nuances vives, intenses et à la patine dégradée, abîmée

J’y retrouve ton mordoré, aux teintes fumées ; ton aurore verte diffractée

J’y emmêle mon pastel, aux reflets nacrés ; mon rayon d’or irisé

Les couleurs marient leur sacre venu des siècles passés : les pierres éclatent de savoirs anciens à l’arrogance atténuée

Personne ne cherche plus à les connaître

Des meurtres, des trahisons, des naissances et des viols

Des violences, des coups de force, des jouissances et des morts

Les hautes périodes de nos ancêtres aux mœurs inégalées…

Qu’en est-il de nous-mêmes ? qui fendons les jours avec l’innocence des enfants, la connaissance des fleurs et le cran des dragons

Notre ignorance n’est pas connue de nous : elle se déploie devant, telle la vaste campagne d’un paysage encore non-foulé, ou retourné

Notre ignorance fertilise les blés, qui pousseront sur notre crédulité et se passeront de notre eau

Notre verbe sera tout juste assez présent pour en saisir la saveur naissante dans l’été chaud

Les choses iront crescendo ; progressivement, elles révèleront leur croûte salée et leur ventre adolescent aux désirs intriqués

On hume l’air sans en connaître ni la nature, ni la direction

On sait, à peu près, ce qui vient… même si nos aspirations nous déroutent et nous fuient

Comment juger la trace ? Admirer sa grâce ? Ou évaluer son but ?

Je mesure mon effort ; et, parfois, j’envenime le futur

Et si je me retourne, c’est pour implorer de ne jamais repasser « par là » !

de ne jamais recroiser cette route — aux allures « pop »-sentimentales et aux relents « psycho »-cramoisis

Je saisis ta voile !

Je m’échappe de l’attraction chamarrée des pierres précieuses versées là, à torrent… et je m’exile vers l’horizon plat, vaguement agité par le fond

Je ne plonge pas

Mon embarcation me portera : elle est de bois épais, émoussé, érodé, presque pourri ; sa peinture écaillée en marque le grand âge, équivalent au mien

Nous traçons — sans direction

Les flots, lourds et sucrés, nous font flotter ; la musique nous entraîne… toujours plus loin en nous-mêmes — vers le ciel mauve, aux limites de l’autre règne

Celui qui nous fera basculer

Ressusciter !

Nous retrouver… « entiers », sur le bord des forces karmiques qui nous lient

Alors, je m’élève… Je me lève « en grand » !

Je ne suis pas sirène, mais j’irradie amplement… Mes bras se déploient et j’accueille la lumière qui fonce sur moi ; je l’embrasse de mes poignets et la caresse de mes poings

J’ouvre mes mains

Du haut de mes paumes sortent des lianes éphémères : de longues luminescences brassées par le vent ; je deviens non-plus organique, mais électrique !

De corpusculaire, je manifeste l’ondulatoire de la matière…

Je me soulève par le coeur et ascensionne l’atmosphère

Saisie de l’intérieure, je laisse faire

J’évolue désormais dans « les sphères » — ma tête et mes pieds versés par le bas, vers la Terre

Je grimpe ainsi l’altitude des nuages et me protège dans leur vapeur

Je pourrais y dormir, mais je redoute mes rêves !… Alors, simplement, je demeure « présente » au souffle des trous d’air

Aucun avion

Ma poitrine toujours en avant, je me stabilise un moment

Je tintinnabule à la manière d’une pampille de lustre de cristal, limpide et magistral

Mon papillon devient « petit »

Je le tiens dans ma pogne, sans l’écraser pour ne pas le briser… et… je te le donne

C’est un objet de culte : une force-totem de l’âme fine et brute

Alors, il fond… et devient souple comme de la guimauve ; sa transparence corporelle, aux ailes translucides, coule entre tes doigts

Tu en bois le suc

Celui-ci t’abreuve aux tréfonds de tes besoins, dans la profondeur

Là où tu vas… quand tu cherches le dauphin à même l’hymen de toi

Là où la virginité t’appelle dans un destin commun, dans un tissu hybride… à la jonction entre « ici » et « là-bas »

La fraîcheur, la candeur ; la Vie sans moiteur

Un mouvement, un déplacement ; un sentiment sans pesanteur

Je m’isole de toi, car — peut-être — je ne contiens pas « cela »

Pourtant, à sa racine, je travaille l’existence ; pourtant, à leur base, je lamine… et le texte, et la page

Pour en extraire… ce qui reste et qui « fait sens »

sans concept autre que l’élan

sans préjugé, autre que « toi » — qui me regardes soudain

Et qui m’étreins, comme un marbre dur qu’envers moi, tu deviens

Les derniers sons retentissent, s’allongent et s’éteignent

Leur douceur strangule des effluves nostalgiques, réserves d’un vécu souterrain

Je suis bien…

Tu écoutes le tableau qui s’en vient

Tu ne refoules rien

J’absorbe en vain ce que tu lis de moi, et que je ne connais pas

Tu es « roi »… Tu es toi… aux aguets, pas complètement serein

C’est ce passage à l’autre, selon une trajectoire asynchrone, qui en soi forme « le guerrier »

Quelle que soit l’altérité

Mots-clé : passé, voyage, virginité, altérité

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