22 - A portée de toi

13 août

Toi

Moi

Toi, ma planche de salut

Moi, « ta Bambina »

A l’air des Alpilles, dans le halo nocturne, tu quêtes la pléiade d’étoiles, uniques et sacrées

Dans l’eau de mer salée, mon corps libre et fatigué flotte au clair de lune, lisse et ambré

Sur les ondes, nous nous rejoignons… exaucés

Je me hâte ; tu laisses filer… et la tendresse, et le temps — qui sur nous bientôt disparaît

Autour de nos chevilles, tu accroches des filets légers ; je m’épanche sur le trouble de notre union, en perpétuelle déroute

Chaque fois, pourtant, je me sens gratifiée ; l’abandon n’est que de courte durée…

Entre nous, plane comme une impression d’incertitude et de fermeté, comme un goût doux-amer de lendemains sereins

Des crissements aigus et des affections sucrées

Tu échappes à mes lois ; je persécute tes arènes sauvages — là où les animaux endiablés se donnent en manège

Nous ne sommes pas « ensemble » : nous sommes « mieux »… plus vieux

Notre jeunesse, tout juste regrettée, résonne encore dans nos voix, désormais éraillées ; et le ciel tombe comme une chape sur nos trop rares nuitées

Nos pas réguliers articulent nos courtes enjambées

Le rythme est moite et singulier

La chaleur nous pousse à la lenteur

« Nous vivons » avant que le jour ne meurt et que la clarté ne diminue, au profit d’un jeu de silhouettes encore élancées, toujours croisées

Jamais voutées

L’ombre nocturne est ce qui nous inspire

On y trouve matière à « se plaire » — sans guerre

La luminosité diurne est ce qui nous fait « nous parler »

On y puise l’éclat de rire… franc, familier, viscéral et infini, qui nous lie

Bientôt le sable réfléchira nos foulées, paisiblement cadencées

Bientôt, l’un derrière l’autre, à portée, nous avancerons en lignée

L’atmosphère désertique nous assèchera et les yeux, et la bouche — ne nous permettant plus de facilement nous repérer, ni d’échanger

Nous prendrons sur nous pour, dans les pas de l’autre, simplement lire et progresser

Je serai attentive aux coulées et aux dénivelées

Sur l’horizon flouté, ton regard affûté sera fixé

Ce sera « nous » — entiers

Tu te retourneras et, dans un élan de vérité, tu me mentiras sur le début du reste de la randonnée

Maladroite, je serai essoufflée

Virtuose, tu seras assoiffé

Et nous nous oublierons ; et nous perdrons conscience ; et, juste à nous-mêmes, nous serons vifs et présents

Les rayons du ciel seront des lasers en posture de combat, fraternel et pacifique

Avec délicatesse et adoration, nous nous épaulerons

Et, sans mots crus ou chuchotements doux, nous nous câlinerons

Le jour, les sons les plus importants seront mats — sans échos

La nuit, les sons secondaires gagneront en relief et en portée ce qu’ils perdront en puissance et en intensité : et c’est seulement de loin que le hennissement de l’âne berbère, amicalement, accompagnera nos rêves agités

A l’aube fraîche, réellement, nous nous endormirons

A l’heure de s’éveiller, très engourdis et déjà émerveillés, longuement nous nous regarderons

La lumière de la dune nous grattera l’oreille…

Le son du dromadaire nous terrifiera les yeux !

Inversés, nous serons heureux

Immergés, nous oublierons le labeur et le marché, la lecture et l’écriture, le planning et le projet

Toute la journée, nous contemplerons — sans vraiment le vouloir, ni le décider

A l’épreuve de nos forces physiques, nous concentrerons nos efforts et allongerons nos résolutions

A l’aune de nos capacités psychiques, nous évaluerons pour nous le risque de blocage, ou celui de craquage

Et si nous pleurons…

En même temps, nous sourirons

Les larmes, immenses, de Gratitude et de Joie feront notre éclat

Et le rire nous réparera

L’Azur indigo ne sera pas le même — celui-ci, éternel, encerclera notre étroit tombeau

Luminescent

Le cliquetis du thé sucré allumera nos papilles affamées

Autour du feu, la tranquillité du cercle des amis rassemblés créera notre atemporalité

Les étincelles crépiteront

Dans le noir, on ne verra qu’elles dans les flux ascensionnels

Cependant que la rumeur de « l’autre monde », un temps, nous épargnera

Cependant que nos attachements, en nous, en mode « veilleuse » glisseront

Cependant que… je ne sais pas

Le mérite de ce repos, tant aspiré, est qu’il s’éternise sans plus d’information venue de « soi », principalement

L’union de tout avec tout nous apparaît vraiment, et la sage ivresse d’un espace devenu « enfin grand », constamment nous tient et nous étreint

On se dilate — sans, par delà, éclater

On se densifie — sans, sur soi-même, s’écraser

On dirige son être directement dans « tout ce qui est », et qui ne nous agresse pas ; on s’en retourne implicitement à l’origine en ce que, déjà, celle-ci diffusait de synchronie et de justesse pour « faire émerger »… et la matière, et la tonalité

Nous autres, êtres vivants, en sommes les diapasons

Les synthétiseurs formels ; et les incubateurs émus

En notre eau, nous assemblons et la magnitude, et le souffle, et la pierre

Notre roc tremble !

C’est témoins de l’âge que nous fossilisons nos aînés et nos cadets, nos arrêtes et nos rondeurs, nos élans et nos suspenses

Nous apparaissons… puis, in-tristement, nous nous usons et nous nous réunissons

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