2 - Coups de hache
11 juillet (fin d’après-midi)
Je n’ose plus… ce qui déplaît, ce qui soustrait
Mon déficit devient grand ; je me rétracte en aimant ou en griffant
Rien n’est vrai ; tout ce rêve que je déploie n’effleure que moi
« On » me manifeste de l’indifférence ou du dédain ; « on » me crame sans chaleur, « on » m’immerge sans moiteur
Je suffoque à l’air
C’est le supplice de l’abandon, quand il sonne clair
Ou celui du rejet, quand il résonne dans le creux
Je n’imprime que peu… les relents de ma mémoire, tant celle-ci est ancienne, et tant sa doublure parfois se déchire dans le mensonge et le doute
Toi, tu m’écroules ; toi, tu me cognes… sans égards pour mon hématome sanglant
Nos misères n’atteignent pas le ciel
Je me dis « à quel point c’est décevant »… tout juste mal-comblant
Je me dis « à quel point c’est ajusté »… dans le pire lancinant
Que nous faudrait-il pour libérer l’élan ? Pour absorber ses relents
Pourquoi me refuses-tu ton regard ?… Pourquoi l’animes-tu ailleurs sans égards ?
Pourquoi méprises-tu ce qui m’anime, et que j’aime ?
Pourquoi ensanglantes-tu les vallées de mon arc-en-ciel ?
Je te dis… ce que j’écris… Tu ne me dis… que ce que tu cueilles sur ton arbre magique aux multiples fruits — tous exotiques
Rien de ce que je suis ne trouve grâce à tes yeux
Rien de ce que je traduis n’a de valeur pour toi
Le désarroi demeure mon unique prison, ma seule pension
Je m’assois à la table commune ; trop occupée ailleurs, tu n’y es pas
Comme absorbée par la foudre, tu ignores le ciel et tu cavales après les tornades, qui s’expriment furieusement
Tes colères n’atteignent pas « mon renard » — celui dont la tanière vit au dedans de ma poitrine, dans l’antre corporelle… irréelle
La sur-réalité est mon vocabulaire, implicite et caustique
Le déphasage, mon ultime ulcère… au creux de ma galère
Je n’aboutis à rien de certain ; pourtant, je devine chacun de tes chemins
L’emmêlade nous sature d’ambiguïtés ; on se délecte à se chamailler… sans jamais vraiment se gronder
On se dit simplement « ce qui est », et qu’on voudrait peut-être ne jamais connaître
Plus je tourne, plus s’élance en moi une voix… Celle de l’enfance tuée — malmenée, brutalisée, secouée, arrêtée
Ta fronde n’a d’égal que l’amplitude de ta négation… à communiquer avec l’au-delà
Celui ou celle qui est parti.e ne s’est pas retourné.e sur toi
La sécheresse a masqué la tristesse… de ne vivre que si peu
Quelque chose de froissé alors dans l’humeur s’est marqué : un trouble à jamais saturé
Chacun cherche sa géode : prie pour lui ; prie pour elle… Que l’enfant en toi gagne la Lumière
Que le courroux retombe de sous les branches des années passées à oublier
Toute présence nous brûle ; celle-là TE consume
Sa demande, tu dois l’entendre… Face au sacrifice, elle plie ta vie ; face au cercueil, elle file chercher des fleurs
Le deuil est un écueil ; la tombe, un ennui
La fin est un déni, une faute à laquelle on est soumis
Suspendre le récit fait non-sens à la fluidité requise, à l’ouverture admise
Il te faut l’entendre : vos possibles désormais sont liés, vos destins enchaînés
Vous n’êtes « qu’un »
Alors votre choeur céleste respire dans l’espace vivace : on l’entend dans l’interstice scintillant entre vos deux voix
Alors j’assiste à une Résurrection… Celle, intérieure, de vos enfants-chagrin… Tombez dans les bras l’un.e de l’autre et serrez-vous comme deux maîtres en chemin
La fraternité qui vous unit est celle qui, à toi, me lie
Aucunement je ne m’immisce ; simplement, je me glisse… à l’endroit de lui (ou d’elle) sur ton front lisse
Je comble son passage, à demi ; j’isole le consensus autour de son exil, à jamais ; j’abstrais ce qu’il adviendra de lui (ou d’elle), demain
Et la vie se poursuit… Les futures naissances poussent les premières, déjà quittées
Les maillons se chaînent avec rythme et, souvent, sans élégance aucune
Le cumul des ans nous apporte le souvenir de qui nous étions antan… quand, encore jeunes, nous étions fières et exigeantes
Belles pour nos aimés
Nourrissantes, pour nos cadets et nos ainés
Quelles femmes sommes-nous devenues ?… Importantes ou bien égarées ? Responsables ou bien casanières ?
Quelle place pour la création ? Quel reliquat aussi d’illusion ?
Lasse, j’abats toutes mes cartes
Je franchis un cap… avec toi, qui ne me guettes pas
La Vie se donne aux quatre coins de l’univers, comme en toi-même ; puis elle se grise au contact d’elle-même ; sans cesse nous la rattrapons dans nos mains d’enfants qui égrainons le sable
Mouvants, progressivement, nous nous enterrons
Juste un jaillissement d’amour — de continuation ou de mutation… pour nous entendre à nouveau nous éveiller sous le soleil
L’une à l’autre, transparentes et directes dans l’énoncé
Je n’attends rien… ni de toi, ni de moi : nous jouons… à nous briser, à nous démantibuler, à nous remembrer, à nous réactualiser
Je n’attends rien de toi… que la vipère a empoisonné de son mal de terre ; et que les larmes, chaque fois, sauvent de l’aventure passagère
Tu appuies sur l’os fêlé comme on médite sur sa douleur, comme on implose en son centre, sensible et névralgique
On naît pour AIMER… On ne se retire jamais, ni de l’autre, ni de soi
On naît pour ÊTRE AIMÉ… sans jamais, à haute voix, le dire ou l’avouer
Relie-toi donc à cette part de toi qui, sur toi, fond — tel le masque d’un fantôme engourdi, ou celui d’une entité désenchantée
Touche le fond de ta chair groggy ; donne-la lui…
Sans contrôle, anime-nous de ton ubiquité à être partout, à vivre le sel, à rejoindre les flots et à abandonner la mer
Le paradoxe est ce qui nous meut ; nos sillons se croisent sans se blesser ; à coup de hache pourtant, nous nous bougeons entre les planètes qui nous chassent
Belle nuit… sans étoile, sans excitation, ni marasme
En toi, plus de ferveur à libérer ; en moi, plus de nom à associer
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