25 - Le fond
17 août
M’inquiète ; un sentiment sournois et tourmenté
Me projette ; une surexposition suicidaire et non-justifiée
« Une autre », encore, qui me sent jusque dans la tourbe d’été
Le feu va se rallumer et, dans l’indifférence apparente, les flammes s’apprêter à tout ré-embraser
Un an de souffrance rentrée et de malaise étouffé
Un an de passé ivre et de miroir déformé
Rien ne s’affirme jamais, dès lors qu’on s’enlise dans de fâcheux compromis — avec soi-même, plus encore qu’avec autrui
Tout s’échappe à répétition, dès lors que nos mains ne savent, à temps, se refermer sur nos corps étreints
Les trop grandes « abstractions de vie » nous fatiguent et nous rendent ambigus à suivre
On le veut
On voudrait, sur place, « criser » toute verte dans la folie
On voudrait pouvoir un peu se relâcher et prendre racines en une terre « rien que pour nous »
On voudrait surtout pouvoir « détacher l’autre » — permanent au bord de nos lèvres, de notre suspicion ou de notre fantasme
Je l’imagine… mal
Cela m’entraîne loin
Le souci qui me taraude traduit peu la vie que je mène, abrutie par l’ennui
On me tourne le dos ; mais je n’engage personne à courir à mes côtés : dans les plates vallées, trop doucement je trottine
Je regarde le ciel et les cimes ; de derrière, le soleil lance ses rayons par séquences, comme s’il s’agissait de morse
Ainsi le cosmos m’adresse-t-il « ses salutations sincères » ; je n’en suis pas embarrassée, et les interprète comme un signe naturel de l’Existence étendue
Impitoyablement, je guette ce qui vers TOI me reconduirait
… Mais mon élan s’arrête juste avant qu’à moi-même, sereine, je ne meurs et que mon petit corps in-gracieusement, devant toi, ne s’éteigne
Quelle victoire !
Et quelle soudaine vision…
Par-delà la campagne et la capitale ; par-delà la planète et ses voisines ; par-delà le cosmos et son Créateur ; par-delà toi et moi
Là où enfin — en dehors de Tout — on ne redonne « rien » de possible à la Vie
Plus un seul jeton dans la nouvelle machine !
Plus de lendemain trop languissant, ni de regard sur nous trop compatissant
Une secousse sèche et brutale pour marquer la fin — sans recommencement espéré
Je suis épuisée
Effondrée ou annihilée
J’aspire à m’endormir dans une contrée sans songe ardent et sans désert cruel, au fond de la nuit sans sommeil
J’aspire à ne plus respirer à mes dépends
… et à assouvir mes élans de finitude extrême
D’exil solitaire — concentré, obstiné, fier et joyeux
Je m’en vais de cette terre… trop fertile pour d’autres que moi, trop puérile quand cela ne va pas de soi
Je m’arrache à mes liens et les abandonne en une seule action de grâce : « Prière pour le monde… Qu’il résiste mieux sans moi ! »
C’est bon de disparaître…
Ça fabrique de la mousse, et ça exhale un printemps vaurien
Je regretterai la Terre et ses animaux, mais pas ses habitants humains — trop « aptes » et pas assez « évolués »
La libération ne peut venir que de soi, en se soustrayant de l’équation primordiale et de l’apothéose — pourtant gratuite et cyclique
La réalisation en est si faible : « Tout ça pour ça… ? »
Les formes de vie ont-elles récemment évolué ? Non
Les créatures existantes ont-elles décidé de s’apprécier ? Non
La jungle présente risque-t-elle prochainement de se synchroniser ? Non
« L’enfer », nous le faisons et nous l’accentuons… Nous l’imprimons à chacun de nos pas, non-réfléchi depuis l’ellipse des sphères, non-évalué depuis le cercle de nos bras
Nous sommes en capacité de consoler ou bien de perturber, d’embrasser ou bien de brûler, d’animer ou bien d’isoler
Nous sommes des démiurges, qui enfreignons — incertains de nous-mêmes
Voleurs trahis, tirailleurs blessés, pompiers pyromanes
Inconstants, mais fidèles à des valeurs que nous ne comprenons pas
Nous flottons dans la vase du marécage, sous les orages violents, et le vent — notre meilleur ami — nous pourchasse éperdument
On se demande bien pourquoi !?
On voudrait pouvoir s’engloutir et se perdre ou, une bonne fois, émerger et rayonner !… Mais non
L’atmosphère gentiment nous plombe sans nous achever
Nous sentons nos muscles jusque dans leurs fibres anonymes
Nous percevons nos spasmes… jusque dans leurs hoquets peu crédibles ; jouons-nous la comédie ?
Selon un dédoublement de costume, j’entends
Je prends la fuite et m’agite : je ne veux pas que la forme, étrange et nocive, me rattrape… Je vous laisse « ce que je suis » ; je le quitte bien volontiers, à la manière d’une vieille cape de feutre lourd parce que trempé
Ainsi, sans crier, ni pleurer, je renaîtrai
Ainsi, aussi, je m’abstiendrai… de vouloir « y repiquer »
Jamais vous ne me reverrez, ni ne me re-rencontrerez
Et j’exulterai… d’un rien — de mon absence totale et vaine en vos cervelles et entre vos mains
Vous ne me manipulerez plus
Vous ne me désirerez, ni ne me rejetterez plus
J’irai me jeter au lac pour une éternité de silence mérité
J’y plongerai toute habillée et le poids de mes vêtements m’entraînera loin dans le fond, pauvre et dégarni — non-verni
Alors, j’y prendrai le thé en compagnie… de gens qui ne me reconnaîtront pas
Toujours discrète, je les blufferai ; à peine renaissante, je les griserai ; bien vivante, je les assommerai
Qui sont ces quilles que doublement je vois ?
Qui sont ces larbins, que je les réveille de ma voix !
Je me veux d’un autre monde… : celui des Souverains, sans leurs sujets ; celui des grillons, avec leurs larves
Je suis « une reine » qui, chaque jour, chante sa dérive à survivre
Je suis « un cocon », tout juste ébouillanté par la volonté d’un meurtrier
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