1 - Quelques pas
11 juillet (nuit)
Tout ce qui se refuse à nous est à même de nous donner soif
Parce que je te bois, je sens l’univers me traverser… sans jamais s’inverser, sans du tout s’édulcorer
La vigilance est de mise, qui entame la confiance sans tout à fait l’absorber
L’instabilité régénère la difficulté de vivre, en même temps qu’elle permet d’avancer
Je tombe… Je le crois, mais la chute n’arrive pas
J’enjambe ce qui ne m’appartient pas
J’ignore ce qui n’est pas de ma nature, de mon équilibre ou de mon possible
J’enfreins le penchant des humains à s’unifier dans l’invraissemblabilité
Je les aide à surmonter les lois, à détourner les doutes, à vriller les oppressions
Je m’installe en moi… sans sentiment contraire à ce qui me fera devenir « demain »
… revenir à « mon gain », juste suffisant pour mes émois
J’ai le droit de survivre, le droit de rugir, le droit de mourir
Ma trace s’efface avec moi
Mon doigt chaud sur la vitre gelée ne laisse aucun message à qui scrute le dessin esquissé
La glace se reforme, aussitôt le toucher passé
La glace se rétracte, aussitôt la vie retirée
Je ne suis qu’un fantôme de gaz, libre et évaporé
Je trace et j’efface… les modèles de mon existence passée
Ils se digèrent dans de l’eau tiède, vaseuse et fétide
J’aurai glissé dans la végétation ; j’aurai annulé ma délectation… à m’agiter dans le tourment, à m’isoler dans l’indifférence, à m’impliquer dans le néant
J’appuie sur mon bonheur ; j’en vide la poche, pour que son mystère alimente mes jours meilleurs
Je ne pense pas
Je ne crie pas
J’enfile les mots d’une ritournelle ineffable… qui gicle dans la lumière psychique et s’élimine dans le rythme suivant
J’apparais et disparais, sans trembler pourtant
Mon coeur saccade sa pulsation ; mes pas trébuchent… sur toi
Tu me regardes m’effilocher à ras le sol, puis rebondir mille pas devant !
Tu m’observes gravir le glacier qui fond ; tu le sens craquer, ruisseler, dévaler, pulvériser… ce qui, sur sa route, tend à l’entraver
Mes rancoeurs ouvrent le mal de ma grotte turquoise ; s’en échappent des vents violents, des souffles gris et mauves : une orgie de ténèbres frais et clairs
Une contraction musculaire
Une crispation orgasmique
Un râle mimétique, celui de la bouche qui exhale ses nourritures digérées
« Je pars » comme cela
… dans l’exil qui appartient aux morts, incompris d’eux-mêmes ; aux morts qui ne connaissent pas encore leur disparition, et qui font encore « comme si »
On les appelle « zombies »
On les surclasse dans la catégorie des leurres ; mais ils s’affectent à nos peurs… De celles qui n’existent plus
Non, ils ne me font plus m’apeurer, ni pleurer ; ils ne me hantent plus
Ils gémissent de temps en temps, dans un intervalle flashé
Aveuglée par la stroboscopie, j’en devine toute la solitude et le cri
Je ne dis… rien qui pourrait trop, auprès d’eux, me mouiller ou me disculper
Si je me sens coupable, c’est qu’il m’est arrivé d’être bête ou cruelle, fourbe et inconsistante, perdue et déserte — jamais intentionnelle
J’imagine ma retraite, faite de soleil et de devoir accompli — sans plus de rêves pour l’alourdir
Plus de foi en rien
Plus de péché en rien
Que le mal courant des gens ignorants, encore et toujours plus puissants
Je gagne en conséquence ; j’augmente ma motivation
En « n’étant pas », je ne me corromps pas ; j’use seulement le mercure de mes vingt ans, le cyanure de ma révolution
J’enflamme ce qui se déverse encore de moi ; je le brûle dans le karma blanc de mes espoirs
Le noir est absent
Médusés, vous ne me comprenez ; amusés, vous vous détournez
La vie se retourne en soi quand on est mort ; la vie racle les abysses dès qu’on la viole ; la mort est aussi la vie…
L’altitude désapprend l’ancrage, et fait flotter les âmes en quête d’éternelle jeunesse
Par le haut ou par le bas, l’errance est une punition : un destin, une union ou un désœuvrement
Mon acceptation est minimale
Ma confusion perdure dans l’occlusion du siècle qui vient
Les angoisses se cachent pour ne pas porter de noms
Elles retiennent tous les rires sournois, et abattent tous les arbres naissants, n’engendrant qu’amertume et désastre
Alors, je m’approprie le papillon… qui, lui, accueille sa condition
Il m’emmène dans sa folle course à la vie, afin d’accomplir son éphémère mission ; il ne parcourt aucun chemin, ne s’astreint à aucune linéarité ; son élan est pur et certain
Il passe la crête, bascule sur l’autre versant… et s’inonde de clarté
Jamais plus il ne visitera l’ombre, ni ne réapparaîtra dans son vomi
Le papillon aime la fleur — son unique focale, son penchant fatal
Car la fleur le tuera : épuisera son karma, videra son désir, annihilera sa turgescence… En un mot, la fleur le comblera
Retombé dans les limbes, la fatigue alors fera le reste ; le papillon s’immobilisera, et, sans s’en rendre compte, son enveloppe sur place se desséchera
Le flux l’aura quitté
… puis, sans culpabilité, à son tour, la fleur s’étiolera et fanera jusqu’à son extrémité
Le couple, évanescent, disparaîtra sans enfant, mais dans la création de la couleur et du son
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