3 - Ecritures

13 et 14 juillet

Dans l’incertain de ce que l’on crée, on puise le chemin

On joue avec ses scories ; on tape la poussière et on lance des pierres

On s’ébroue, on se secoue et on se douche… pour se laver du trop plein, du surplus, du superflus

L’épure se fait désirer ; la silhouette, racée, tend à s’effacer… au profit de formes alambiquées, torturées

de mots déboîtés, déséquilibrés

Je balance sur le fil et bascule dans le vide : là où l’absence de force et la confusion du soir sont les seules reines

Le schème est serré, bouclé, tournicoté, hirsute et malmené

Le nœud de la pelote ne se délie plus, au risque de stranguler, de gonfler et d’éclater

Le jet sirupeux qui en gicle est de framboise et de mûre, très sucré

Il macule le mur blanc d’un rouge sang, nacré, ivoiré

Dans son informe, un visage apparaît : celui d’un diable carmin brûlé ; l’Ange est retiré

Que me dit-il ?… depuis ses sphères évaporées

Il m’appelle vers le Ciel ; il me lance des cordes folles que je dois rattraper à la manière de lianes personnelles, prédestinées

A la manière de feux-follets, animés en toutes directions et selon toutes les vitesses

Je me chauffe et me crame

Je me disperse et m’affole

« Je » n’existe plus : le sentiment m’a quittée

Déjà « me rassembler », c’est perdre l’opportunité ; et, peut-être, désavouer la grâce

Alors, je me laisse porter… par le rêve qui s’élabore à grandes poussées, à fortes flambées

On me dit que l’histoire est la même — toujours douloureuse, toujours expiatoire, et, au final, toujours perchée

Je suis ma trame…

Simplement, je déplie la psyché et envisage son espace coloré

Le pigment n’est pas transcendant, mais immanent

L’habit seulement est déroutant… Est-il « malvenu », voire inadapté ou contrevenant ?

Il m’habille ; et c’est tout

Il me pare de mille cristaux ; et ses soies tissées rayonnent au soleil levant

Cela s’appelle l’identité : une singularité adaptée à celui qui la soutient ; une tunique sur le corps parfaitement coupée

L’itinéraire d’une enfant disloquée, illuminée, puis rassasiée

Chaque mot, pesé, compte double

Chaque expression, agencée, noue le dilemme — sans jamais l’expliciter

C’est comme cela qu’elle avance : on pourrait dire qu’elle le fait dans la difficulté ; c’est juste adapté

Elle est le crabe rose clair, dévalant la dune amère

Elle se fie à ses images — quitte à ce que celles-ci ne soient pas partagées ; ne le puissent pas… Pourquoi ?

Elle ne le sait pas

Son puits de solitude meurt, si elle ne le creuse pas

Sa montagne bleue rougit, si elle ne la peint pas

Comment maintenir la qualité de l’atmosphère ?… sa fraîcheur, sa brillance, sa constance, sa tension, son cristal, son éclat

Et ne plus entendre « crier »… des enfants aigris, en mal de regard sur eux

Les têtes sont dures ; les coeurs attendris… Les femmes assoupies

Les hommes, invisibles, ont la tâche lourde et pénible : ils lisent les grains de terre dissipés dans la boue

Les oiseaux s’accordent dans des chants premiers qui lient l’air

Les oiseaux témoignent du possible de la matière, quand celle-ci anime ses poches cellulaires

Les sons ambiants vibrent selon des fluctuations improvisées, harmonisées, satellisées

Tout se tient, en écho aux mirages lointains

On peut bien dire ce que l’on voudra… On s’étend sur le placenta de la terre en émoi ; on la sent… naître et souffrir, pulser et vrombir

On n’a pas de plan… Pas de chemin, pas de sentier ; comme cela, on se déplace sans laisser de trace

La pensée est faite de fibres ; la mienne les distend dans les mots dont j’abuse

Elle s’amuse

Et elle s’use

Toute énergie s’épuise… à force d’irriguer sans cesse des champs entiers de peines perdues

C’est comme de laisser filer le sel… entre les doigts de mains emplies d’hésitation, de fébrilité

Le puzzle, trop désagrégé, ne se reforme pas — autrement que dans le triple Ciel

Les dimensions s’agrègent, s’intriquent et se superposent : on quitte la Relativité Générale pour se pulvériser dans le Quantique Nano

Alors, on meurt… Et, au niveau de l’Ange, on retrouve le bonheur

La saveur et la moiteur nous quittent

L’onde et le grésillement nous reconfigurent

Et l’on se blesse… à demeurer à nous-même « fidèle » 

Se quitter, c’est naître en entier ! dans l’information déclassifiée de nos karmas saturés

Libérés, on ne cherche plus à être ordinaires et clairs ; conscients ou raisonnés… L’ubiquité nous rend naturellement « omniscients », secoués dans la multiplicité, percutés par l’élément

Cet état temporaire est mon territoire — de chaque instant, à partir du moment où j’aligne les voix que j’entends

Elles me portent comme un nouveau-né, à peine accouché

Favorisent-elles la Vie ? L’affaiblissent-elles ? La détruisent-elles ?

Pourtant, les voix meublent l’espace de ma tête ; leur timbre se rapproche du mien, en une teinte plus limpide encore

Elles font « choeur » aimant — troublant et nonchalant

Elles s’imprègnent des rumeurs de l’inconscient, toujours grouillant

Elles s’entrechoquent et craquent comme la tectonique des plaques ; ainsi érigent-elles des monts géants, et forment-elles des failles abyssales

Ma psyché se nourrit des reliefs tout juste apparus et si vite déjà érodés !

Ma psyché aime faire de la géographie ; mais pour les autres, ses méandres s’appellent surtout des mystères — des concerts, des cratères ou bien des adultères

Je ne me restreins pas ; je ne m’ouvre pas… non plus

Recouverte, balayée, engloutie… la Réalité !

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