6 - La terre entre les mains

18 juillet

Après « le bric-à-brac » qui ne dit rien : le remous de la terre qui dévaste tout

Il brûle le destin qui saisit nos mains

Il brûle l’avenir que nous imaginions

Les âmes souffrent de leurs corps, immolés aux quatre vents ; elles en appellent aux larmes de celui — ignorant, bileux, frustré, petit, idiot, mauvais et cruel — ayant parachevé cet arc-en-ciel de feu : un Satan, dans la folie schizophrène

Comme Lui, que « cet homme » aille souffrir dans les artères qui ne survivent pas, dans les flammes qui ne guérissent pas, dans les cratères qui ensevelissent… même les coeurs les plus lisses

Que t’a donc dit ta mère ?

Qu’elle ne t’aimait pas ?… pour qu’ainsi, tu craches sur la Vie !… et tu souilles les mémoires !

Toutes ces créatures mourront sans raconter leur histoire : nous ne saurons rien d’elles

Je donne ma vie pour que, dans leur survie, la Force les enveloppe de Lumière ; et pour que, dans leur nouveau paradis, les Anges les révèlent à leur essence, sans plus de surpoids

Avec elles — ces créatures —, je plonge… par-delà la misère d’un crétin, qui n’a rien d’humain

Je voudrais le voir exécuté… au bûcher

Je voudrais le voir expier… au regard de toute la douleur créée

Je voudrais le voir s’agenouiller… face au désastre en conscience pénétré

La terre file entre nos mains ; fertile hier… stérile demain

Notre punition se lira dans la désolation de la Nature, tuée, carbonisée

Puis dans le brin d’herbe, timidement repoussé : un brin aura valeur d’or !… seul témoin d’une Vie en péril qui aura perdu l’envie

Et si la Vie ne revenait pas !?

Si, une bonne fois pour toutes, elle s’extrayait de nous ?!

nous abandonnant à ce que nous sommes simplement : des assassins !

Simplement

Le feu est fascinant ; il hante toutes les hautes trahisons ; il est passion, fascination, contradiction, alchimie, transformation

Le Karma se consume, dit-on… Les humains avec !

Les coupables d’abord !… Les Justes ensuite

Le Feu est notre justice ; le Feu est notre sacrifice…

Que venons-nous réparer ?… Nos gestes précédents ? égarés, déphasés — criminels ou inconscients

De quelle manière accueillerez-vous celui à l’origine d’une telle hécatombe au sein des arbres, et d’un tel désastre dans le coeur des animaux ? Comment lui direz-vous le secret massacré de la forêt — sans l’assassiner à votre tour ?

Quelle justice ?… impitoyable, appropriée et fidèle

Quelle grandeur afficher ? Dans quelle noirceur ne pas se vautrer ? De quelle rage ne pas exulter ?

Etouffer

Etouffer et saigner… Ce faisant, faire couler le pus de la plaie irritée et la laver ; saigner… encore et encore, saigner… jusqu’à se noyer dans sa propre substance

Les sécrétions naturelles ne sont jamais « sales » ; elles sont juste hiérarchisées : on ne les mélange pas !

Alors je veux à l’extrême me fluidifier et couler… telle une lave blanche-sang

Purger… l’humanité — en commençant par la mienne ! M’ouvrir les veines et sourire, contentée de voir « le Mal » lentement se dégager des chairs atrophiées

Vider le corps

Respirer l’Ange

Comme un accord ; j’écoute la note finale… de mon existence animale, de mon amour incarné, de mon expérience primale et de mon erreur non-née

J’aime le « fatal »

J’évacue la suite… bien vite

« Je » ne suis plus à bord. Comme le Christ, « je » soûle ma mort… Je la donne en flambeau

Le grésillement létal manifeste… ce qui est une exécution : la main-mise de certains sur un innocent

La Vie veut vivre !… Elle se reflète dans les cimetières — là où le gris règne sur la Terre

La nuit, n’y voyez-vous pas les Lumières ?

Les êtres ne disparaissent pas pour ceux qui les aiment ; ils se mordent pour y croire !

Les opportunités s’amoncellent — de te dire alors que « je t’aime »… et que, dans l’ombre claire, je te prends la main qui me tient

Nos repères d’amour sont intenses et éphémères : des flashs à tout jamais évanouis dans le Mystère, puis ressuscités depuis l’Origine commune

Contemplons juste « ce qui nous unit » et neutralisons ceux qui y contreviennent ; les réduire au silence éternel sera notre seule permission

Abolissons les actes qui n’y entendent rien !

Annihilons sciemment ce qui cherche à nous détruire !

Nous triompherons de la bêtise naïve, de la pulsion agressive, de la compulsion maladive et du vice prémédité

Ainsi ceux qui « ne savent pas ce qu’ils font » seront-ils jugés et incessamment travaillés

Ainsi, les pertes seront-elles vengées ; les abîmes comblés et les béances refermées

Sans oubli… autre que pour la médiocrité des êtres crapuleux, condamnés

« Des vivants » sous-développés, des maniaques sur-conditionnés

Mon aura s’épanche : sa tristesse est palpable ; son amertume immense ; son espérance anéantie

Je bascule avec « lui » ; et je stigmatise ce qu’ils ressentent, « eux » — les chevreuils, les pins, les blaireaux et les fougères

Peut-être se disent-ils qu’il vaut mieux le feu-follet, dansant, de la Terre que celui, mécanique, du tir humain ?

Peut-être

En attendant, ils suffoquent, ils crient et ils crament… Cela ne dure pas bien longtemps, mais la peur qui en eux s’éternise les appelle à l’émergence consciente du moment, juste présent : l’urgence intense les saisit, l’alerte finale les sonne, la peur viscérale les liquéfie, l’instinct de survie les anime ou les panique !

Ils se voient… courir, souffrir et mourir

Ils perçoivent… et l’affliction, et la peine

Ils s’envolent — calcinés — dans d’autres dimensions, immortelles

Nous ne les oublions pas ; et nous les accompagnons là où ils vont, là où il pleurent… et là où ils aiment leurs petits

Jusqu’à l’agonie

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