12 - Si je meurs, je ne veux pas être "cela"

28 juillet

D’où vient cet assaut de violence, à l’éveil tardif ?

D’où vient cette force larvée, que rien ne laissait envisager ?

On ne se connaît pas ; et puis, « on apparaît » avec l’évidence d’oursins mal-disposés

Il ne faut pas trop nous chatouiller, ni trop nous faire nous trémousser : nos piquants sont des dards sanglants — si souvent amputés, si singulièrement éclatés

Toutes nos jeunes pousses se voient contrariées, à revers de la croissance naturelle et du désir d’éclat

Nos tentacules de pieuvre verte s’emmêlent et s’étouffent sous le couvercle hermétique des journées oranges, embrasées au soleil couchant

Définitivement, nous devons nous assigner à n’être que « blanc » — sans marque du temps, sans racines aux chevilles et sans vipères aux poignets

On dégueule… ce qui n’est pas JOIE

Mais on ne sait trop comment, en soi, LA capter, LA vibrer et L’in-conditionner : nous faudrait-il, au préalable, savoir se laisser par ELLE pénétrer et travailler, saisir et transfigurer ? Tel un serpentin magique, nous viendrait-elle alors « du dedans » et, soluble, se glisserait-elle ainsi au fil de nos naissances excessives et de nos morts récurrentes ?

La JOIE m’est un roc — épineuse dans l’eau, irascible dans l’air

Elle virevolte, comme une folle, au-dessus de ma tête ; et trouve porte close au niveau de mon coeur ; mes reins n’y peuvent rien

La JOIE vient de l’Amour — c’est tout court

L’Amour exclusif, non-discursif… L’Amour engagé, non-intermittent

L’Amour de fond — détroussé dans les affres du vivant mutant

L’Hominisation

Il me semble vivre « en-deça »

La JOIE ne m’échoit donc pas — ou bien si rarement

La JOIE, c’est quand on ose aller vers ce qui rend l’Autre majeur parmi les merveilles et les fleurs

Quand on ose « lui donner » ce qu’à nous-même certainement on refuserait

La JOIE, c’est quand on vit sur le sentiment d’Aimer au sein d’une communauté de raisons et de passions

Tout nous procure une suave sensation de début de Monde et de vitalité première

La jouvence tient à cela ; la fraîcheur puise en cela

Chaque matin, je ramasse les roses blanches et fuchsia de mes nuits endolories ; chaque matin, j’écourte mon rituel favori : déclassifier le secret de mes rumeurs les plus incongrues et têtues

L’Inconscient me devance et me poursuit

Il organise ma vie en petites cases hétérogènes bien remplies

Il passe d’un cancre à l’autre : d’une sauterelle à une abeille, d’un Tartuffe à un Polichinelle

Il fatigue ma résistance et érode ma consistance

Je m’effondre tout progressivement

Je le sollicite pourtant… souvent, parfois trop

Il demeure mon unique sortie de secours, mon ultime appel à plus majestueux et à plus grand !

Méthodiquement, je le triture… pourtant sans JOIE, turquoise ou écarlate

Fiévreusement, je l’interpelle… jamais sans une pointe d’appréhension ou de doute

L’Inconscient, polymorphe, est un outil sur mesure, qui défigure celui qui cherche à « bien se voir »

On ne se représente pas

On ne se conçoit pas

On émerge dans la mouvance imaginative qui nous presse comme un citron ; et il en sort plus de pépins que de pur jus

C’est amer et inconstant, filandreux et fébrile

Je m’attaque à Lui — l’Inconscient… pour le dresser, dans l’émotion primaire qui m’a abandonnée

Mon combat est perdu

Il me rit au nez ! Et rapidement, me gribouille une caricature qui horrifierait les plus-enfants

Mon Inconscient est peut-être « méchant » ?

Il use ce qui à lui se propose sans musique des sphères

Je m’y trouve discrète et retirée, sans réactivité autre que le mutisme et la honte ; les autres, autour, s’affairent… toujours

Je rate mon bus ou attends mon train ; je visite des hôtels, desquels je ne suis pas cliente : je n’ai pas le droit d’y être

Clandestine de mon propre trajet, personne ne m’attend jamais

J’enfreins les lois — quelquefois

Je fais couler des robinets ; j’inonde des salles d’eau… Je cherche la place de mon lit et la délimite par des galets

Je m’éveille alors, sans transe, dans mon cabinet de curiosités simplifiées

Mon bricolage mental me tue

Comment y introduire LA JOIE ?

… sans « l’autre » pour vous L’inspirer

Je me fracasse, sans résistance, mais, face à tout cela, assume néanmoins mon innocence

Si je meurs, je ne veux pas être « cela » !

Si je meurs, je me veux, tel un aigle, « déployée » !… sauvée par le désert de mon ennui, graciée par l’étendue de ma clairvoyance ; corrodée à l’acide de mes émotions, caressée par la douceur de mon discernement

Si je meurs, je vous mets au défi… de me retrouver plus tard dans vos veines

Echappée, je serai… vers d’autres principes, vers d’autres règnes

Acculée à de nouvelles libertés, la JOIE alors sera sereine, et moi, toujours incertaine

Jamais je ne vivrai « cela » de mon vivant

Déstructuré, l’ego se faufile par-delà ses propres caniveaux, afin de se dépasser lui-même ; ainsi produit-il « le rêve nocturne » qui lui fait miroir

L’ego, dans sa geôle, veut voyager : cesser de se prendre pour un bagnard des temps passés

L’ego veut, dès aujourd’hui, incarner… ce que, plus tard, lui proposera le Ciel ; l’ego est exigent pour lui-même et ses frères

Il pense « humain » ; et reflète notre tendance « à la Vie »

Me réconcilier avec sa propension à davantage apprécier le jour que la nuit, et à fuguer vers les Mondes Nouveaux

Encaisser sa brutalité et sa rudesse ; un temps, sauvagement désirer qu’il soit le Chef pour une véritable réussite !

Reprendre alors couleur et texture… pour une JOIE éphémère, précédant un tombeau certain

L’Amour arrivera peut-être demain…

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