17 - Basse montagne
6 août
Ceci est un début : une nouvelle chute… dans la caverne originelle aux horizons fondus
Et je ré-embrasse le charisme émotionnel qui fait ma Foi
Chaque fois
Je ré-éclate les mille lumières et je brise les mille tabous
La Montagne, sage, assiste à mon théâtre d’ambiances — souvent difficiles
Haute, elle me fixe… à « moi-même », sans plus de mal-de-mer ou de dents
Je ne perds plus personne — même pas « lui »
Basse, elle me fixe… à l’unité, plus profonde et plus ultime, de la création intime
Elle est « à lui »
Protectrice et tempérée, elle apaise les tempêtes de sable blanc et les siphons d’eau douce
Elle est là… Immuable et souriante — sans plus de calottes glacières aux cimes, ainsi dénudées
La Montagne devient, elle aussi, aride : les sources divines se raréfient en son roc sensible
Elles s’évaporent sous le ciel brûlant, laissant béante la trace de leur existence d’avant — généreuse et rafraîchissante
L’atmosphère d’autrefois, vivante, riche et luxuriante, fait place à l’espace statique et au temps linéaire
Le tumulte arrêté fait sourdre la Vie
Les fleurs, petites et grandes, ne s’épanouissent plus autant et disparaissent plus vite
Les rochers instables partent en éboulis
Le ciment de glace — désormais dans la terre coulé et avalé — les aura à eux-mêmes révélés et déstabilisés
Sur le flanc des pentes abruptes, c’est maintenant dans le vide qu’ils se précipitent
… Pour finir leur trajectoire, plus bas, dans le Styx — noir et brun
L’ombre grandissante leur fera office de tombe finale : ils s’y reposeront jusqu’à l’abysse, brillante comme un reflet nocturne et scintillante comme la flamme d’une bougie
Immobiles et immortels, ils seront redevenus
Le changement de paysage ne leur sera pas « égal » ; il leur faudra du temps pour s’habituer… à être « là » — où les bruits résonnent au fil des parois humides et des voûtes tassées
Mais, après un si long voyage dans « les dimensions », ils dormiront, sans se demander « pourquoi »
Pourquoi la clarté, un matin, s’est retirée au profit de la pénombre
Pourquoi le rythme des jours, une fois, s’est trouvé suspendu à un seul des leurs
Un seul jour — illimité, libre et éternel… aux allures de nuit
La basse Montagne, lointain souvenir d’une jeune vie — non-vieillie
J’y suis
Dans le noir aussi
L’arc de mon périple est grand ; l’écart de mon inertie, géant !
J’entends le fracas de ce qui, encore, en moi, se casse… à l’infini
Alors, la tête infléchie, je parcours les formules qui s’inscrivent sur un sol de cendres grises
Elles me disent que mon repli, forcé, œuvre comme « don à la science »
Modeste et précis
Humble et inspiré
Je m’amuse avec les braises : elle ne me sont pas douloureuses
Au contraire, elles me redonnent… tension, souffle et envie
Je me lève et grandis
Je reprends la mesure de mes pas… et retourne à la Montagne, cette fois d’un vert rutilant avec ses pâturages à perte de vue
Je tombe sur une baignoire ! Abreuvoir de fortune des animaux d’ici, dispersés : ils viennent me voir…
Ils m’aiment, eux aussi
Les âmes humaines sont-elles définitivement parties ?
Je les appelle… un peu, doucement — sans y croire vraiment
Mais sans me résoudre non plus… à leur absence confondante et désunie
Personne ne me répond plus, « là bas »
Tout est fini… Le karma, dégrossi, n’a plus de force avec lui
L’affection, précédemment partagée, atténuée, c’est le monde entier qui s’en trouve soudain re-naturé
Et les ailes des oiseaux à nouveau se déploient… sans chaînes, ni poids aux ergots
Ils respirent l’oxygène des rois
Sans plus d’affect, l’Amour est-il seulement encore là ?
Je pleure des larmes d’eau chlorée, mais amplifie mon évasion
Un astre surnaturel, juste à ma taille, m’accueille dans son éblouissante Lumière : j’y pénètre par la porte des prodigues
Pauvre devenue
Je monte l’escalier de cristal, ruisselant
A son sommet, je rencontre… mes parents — debout, drapés de velours carmin, sévères et bienveillants
Je les écarte gentiment… et m’enfonce, encore plus loin
Là où je découvre d’autres marches, ascendantes vers les étoiles
Jusqu’au firmament, et torpillée par l’éclat, je veux pouvoir m’exiler… sans me désister, ni me déchirer
Et j’entre dans le Royaume définitif — celui qu’on n’envisage pas, mais qui résonne bien, là, au coeur de nos cellules crépitantes et illuminées
Mon corps déverse sa Joie
… et emplit une coupe aux minéraux rares, et aux couleurs précieuses
Je pèse dans la balance
Mon jugement dernier est celui de mon coeur blessé
Il rayonne fort : j’y perçois… et « toi », et « lui »
Tout ce que j’aurai donné, sans peut-être que vous ne le receviez
Toute la ressource qui, de moi, ne se sera pas échappée
… mais qui sera demeurée mon seul Possible et mon unique Guérison
Mon heure est heureuse, épanouie : j’espère que vous êtes là !
Chacun, chez vous… dans le halo des nuages, tout sauf ternis
Je vous souris… et me souviens… de tant d’attachement dans les souterrains de l’Invisible et de la Vie
Je vous bénis
Vous, vous me trouvez « blanchie »
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