24 - Messages
16 août
On se demande… On hésite, on tergiverse, on cogite
L’écriture nous deviendrait-elle si intime qu’on la traiterait soudain comme « une étrangère » ?
Qu’on ne la comprendrait plus, qu’on ne lui ferait plus confiance
Si, un jour, la poésie nous avait gratifié, on le saurait !
Si, une nuit, elle nous avait éclairci, on s’en souviendrait…
Quelques lettres majuscules, maladroitement gravées dans le bois lisse et clair : mon prénom — voici mon dernier rêve
A l’entrée d’un hôtel ou d’un casino ; sur la planche d’un menu ou d’un planning
… Je ne peux « les » suivre — interdite de passage, car pas « officielle »
Je fixe très nettement le marquage au canif, et je tente de reconnaître la main qui l’a manuscrit
Je m’attarde ; ce n’est pas évident…
Quel message singulier peut bien recéler cette mémoire enfouie ? — simplement honteuse ou discrètement affirmée
Vient-elle… de « lui » ?
Autour, la moquette rouge et les lustres pimpants s’effacent : nous ne sommes plus que deux
Est-ce une sorte de laisser-passer ? Une forme de code secret ?
La transcription d’un pouvoir magique ? Le hiéroglyphe d’un récit alchimique ?
Je m’éveille sans savoir, sans reconnaître… et le signe, et le sens
Suis-je à jamais « vivante » dans son coeur ?… fantasque, dans un monde aux valeurs inversées et aux réalités transcendées
Avais-je le droit ?
Non
Dois-je rentrer « chez moi » ?
Oui
N’en ai-je pas encore fini ?… Je ne le pense pas
Suis-je fatiguée d’écrire ? Certainement…
Ma direction assistée défaille ; l’Ange se serait-il soustrait, dissout, volatilisé ?… au profit d’un sentiment d’insignifiance profonde et de relativisme généralisé
Désormais, tout se vaut-il ? Le jeu des opposés s’annihile-t-il de lui-même, en un effacement des contours et des tracés — des limites et des synergies, des règles et des consistances ?
Dois-me retrouver en un état « premier » — abandonnée, par manque d’épreuves ?
L’absence d’évènement ronge ma vie et mine ma cervelle
Je creuse et je digue… à même le roc — à base de « rien »
Et je n’en ressors que peu ; le silence serait meilleur guide !
Le son dans mes oreilles est assourdissant ! Indéchiffrable et déplaisant : un bruit de fond comme une brume sans brillance, ni portée
L’enchaînement des images est mat — par endroits, arrêté
Je touche le point de finalité ; je franchis le seuil de l’ultime
Fier, le mur de granit gris se dresse devant moi : on n’imagine pas pouvoir le percer, ni le déplacer ou le surplomber
Je colle mon nez dessus ; je le frôle et en sens les vapeurs humides… Il est épais : un mur de forteresse, indestructible
En suis-je prisonnière ? M’encercle-t-il de sa masse ?
J’inspecte l’espace, à taille humaine, et suis prise de vertige : la colonne de pierre grimpe jusqu’au ciel ! Impossible de l’ascensionner de l’intérieur
Le fonds d’un puits — clair, et sans lumière
Sans illumination, artificielle, venue du dessous ; mais clair jusqu’à la terre — un sol de poussière blanche et sèche
Au doigt, j’y inscris des pensées : des lignes géométriques, des courbes synesthésiques — je les invente en couleurs !
Sur la margelle, le hennissement d’un âne m’accompagne ; je m’identifie à lui
Je souffre comme lui — de ne pouvoir mieux « dire », mieux circonscrire… le mythe et la réalité
Le désert apparaît ; comme dans un conte, il est « petit » : des maisons ensablées et des palmiers égarés
Assise, bien enfoncée dans la mouvance des grains, je m’adosse au corps de la source — dont la cheminée, étroite, laisse filtrer des effluves de « plus bas »
Je sens ; je hume et je renifle, sans parvenir à définir la nature de ces parfums souterrains
Sont-ils ténus ou odorants, bienfaisants ou malveillants ?
Une fragrance de cuisson se distingue nettement ; mon enfance se remémorerait-elle des instants d’appétit ou de faim ?
Mon passé, encore sourd et encavé, s’ouvrirait-il un peu à la puissance de sa vitalité ?
« Mes oubliettes » émergeraient-elles de leur longue hibernation, s’extrairaient-elles de leur lente transformation ?
Pour quelle nouvelle mutation ?
A la mort, je me présente « vierge » — de nouveau
Sans bagages, ni effets
A même le rocher, je m’appuie à ma destinée ; et je l’épouse sans rien espérer
Tout se présente… minéral — inerte et sans saveur
Tout se dévoile… en germe peut-être, mais sans saison
Les environnements qui pourraient « faire naître » se dérobent à ma raison, devenue sans passion
Le désert…
A la boue tarie et craquelée ; au vent vif et déjanté ; à la surface érodée et patinée
Au milieu d’un cirque de montagnes, ciselées et fumées
Des hauteurs de la planète Mars
Une aridité, millénaire, par conséquent « habituée »… au crissement et au sifflement, à la vibration et à l’écho, au soupir et au tonnerre
Je lézarde dans le grand canyon et m’y fraie un chemin, à l’abri des rayonnements solaires
Je fossilise dans sa gorge profonde et blanchis au contact des ondes
Une musique perce mes tympans : au loin, une flûte de pan amérindienne ; de près, le murmure de ta voix
… qui me gronde, peut-être ?
Le son de l’instrument ruisselle finement sur les reliefs avoisinants et progresse en percutant de biais les obstacles surgissants
Ici, la nature n’est pas à proprement parler « organique », ou « sauvage » ; mais contenue dans le seul mouvement des flux atmosphériques et cosmiques
On éprouve l’Univers en sa dimension sidérale
Et on s’expérimente soi — isolé, écrasé, oublié — comme une anomalie « animale »
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