28 - Aime
22 août
Un éternel recommencement, de dire que « l’on aime »
Une sempiternelle survie, de prétendre s’en satisfaire
Tu fais mon mariage « à l’envers » ; tu animes mes nuits, fragiles comme du verre
Tu cours et tu vis… dans de gigantesques prés — sous le nez de vaches suisses ahuries ; tu danses et tu crées… dans de fabuleuses structures, dignes de Walt Disney
Tu es un personnage fantasque — habile, subtile, racé, parfois impétueux ; vagabond ou aristocrate et, néanmoins, toujours droit, franc et digne
Quand je rêve, tu es « tout cela » — qu’en fait, aussi, tu n’es sans doute pas vraiment… du moins, sous cet angle-là
Car je ne saurais exactement te décrire, toi
Vif et caractériel ; enveloppant, cruel ou tonitruant… Jamais transi ou conspirateur ; toujours disponible et songeur — absorbé par je ne sais quelle chaleur ou candeur
La petite « Bambina », certainement, bien sagement, quelque part autour de toi
Les flux les plus profonds absorbent ton imaginaire et inondent sa planisphère, à elle
Elle n’arrive pas à ta hauteur, mais son inspiration l’a faite murir avant l’heure, sous des hospices difficilement prometteurs
Souvent, elle ne sait plus bien ce qu’elle te dit… Pourtant, continuellement, avec elle, fortement tu agis
… Telle une cour qui t’encerclerait de sa protection rapprochée et te comblerait de bénéfices osés, tu vis « avec » — sans pour autant t’en contenter
Au point que, fréquemment, elle ne sait plus « qui elle est »…
J’imagine Versailles, et la solitude du Roi Soleil
Je pressens ton vertige et ton chamboulement… quand, simplement, elle te dit « qu’elle arrive » !
Qu’allez-vous vous susurrer ? Ensemble, qu’allez-vous bousculer ? Enivrer ou chavirer ?
Quelle est cette nature purement fidèle ?… qui ne se reconnaît pas chaque fois
Quelle est cette chevauchée endiablée ?… qui, plus d’une fois, devance mille regrets
D’où vient cette nostalgie ? Cette résurgence, si précise, d’une richesse enfouie — laquelle, pleinement, ne se manifeste pas
Quel est ce secret ? Quelle est cette Foi ?
… Cette résistance à l’édifice final — magistral et marial
… Ce plongeon dans le monde fatal, animal — alors même qu’elle ne s’approprie à peu près rien
Alors même que le brame du cerf incessamment l’appelle dans son repère flamboyant
Alors même que, sur son couple mystérieux, la porte se referme presque bruyamment
La tête de « la Bambina » frappe fermement la cadence
Le coeur de « la Bambina » entame, en solo, une danse
Son corps souple se courbe pour suivre de près les ondulations de la voix grave qui la mène… par l’extrême de la folie
Elle s’oublie
Fait pipi
Incontinente comme une enfant, elle s’agrippe à ta manche… et, déterminée, sans discontinuer, te sourit
Si tu lui demandes ce qui, en cet instant, la comblerait… je crois que, sans hésiter, elle te répondrait : « Toi ! »
Tu la regarderais étonné, puis tu te retournerais… et te jetterais, violemment, dans la mer à proximité
Et tu disparaîtrais !… Vers quel destin de dauphin ? Vers quelle aventure de marin ?
Tenter de définir une relation, c’est forcément la flouter
Echouer à en extraire la pulpe et le grain, c’est la magnifier
L’inconstance de l’humeur prédit une sorte de longévité des vapeurs
Je m’évanouis à ses côtés
« La petite » n’y comprend rien : elle me raconte son chagrin et s’étend sur le récit du gouffre dans lequel progressivement elle descend
Padirac ! Il fait humide et frais ; mais, soudain, la végétation se raréfie et l’eau ruisselle sur la roche endormie
« La petite » alors trempe sa main dans la rivière souterraine qui, instantanément, se cristallise d’effroi ; alors l’enfant « prend froid »
… Ce qui lui est réfléchi là l’invite pourtant, sur place, à s’évanouir sans peur, et à nonchalamment se laisser glisser le long du courant pur et vivant
Je la récupère, échouée sur le sable d’une grotte voisine : une encave géante, transpercée d’un lac immense — une langue de mer intrusive, aux flots par endroits écumeux et inquiétants
C’est là qu’abandonnée, elle pleure un moment… des larmes non-salées et, durant des heures, s’épanche
Je l’écoute
Patiemment, je l’écoute
Son eau est sombre, sans être trouble ; son ciel — tout là-haut, par la trouée — tranquille et clair
Ses brumes légères se reflètent sur la surface lisse et fumée de la cavité marine, tout à fait indéfinissable et certainement hantée
Toute vibrante dans le fond de son hésitation à « être » au milieu des Elfes, ou parmi les créatures-mixtes de son espèce, mon enfant intérieure très vite s’endort
Je ne la retrouverai plus
En moi, elle ne s’animera plus
En toi, elle resurgira… telle « une Botticelli », peinte juste pour le délice de ton sourire et la malice de tes yeux
Tu la fabriqueras selon ton fantasme exact, et la marqueras fort de ta signature — sans du tout de grotesque
Elle sera « tienne »
Absolument pas « poupée », elle te tiendra tête — provoquant, chez toi, de grands mouvements et des moments délirants
Ton attente sera brûlante et ton âme toute transparente
A elle, tu te donneras sans retenue et sans sous-entendu
Avec elle, tu te baigneras ; et complètement, tu t’immergeras ; l’eau alors deviendra chaude et, dans son brouillard, tu seras « entendu » : tu seras aussi « perdu » !
Une fois « nu » et « connu », tu te retireras — sans dire pourquoi
La naïade, par toi « devenue », ne te demandera rien
Elle se revêtira de linge blanc et s’en ira sur les chemins du sanctuaire, pas loin du petit mont vert
Là — sur la brèche d’une Annonciation, elle s’agenouillera et priera… pour la réconciliation du Monde agonisant et pour l’avènement du nouvel Enfant
Là, elle mourra, en te disant « je t’aime »
Puis, tel l’Archange, tu plongeras en elle et enfonceras ta lance de fer bien profond dans son flanc d’argent
D’elle-même, alors, elle ascensionnera
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