23 - Ronde

14 août

Chaque fois, recommencer…

Se relancer et soutenir… le rêve, le rythme, la mélodie

Décrire, sans repentir

Après… le son dans la tête fait tout le reste : il passe « en-dessous » même de l’écriture, et s’enchaîne à ce qui tient lieu de conduite lumineuse

Avec elle, je chemine… embarquée au fil du flux volcanique qu’elle exprime

En son coeur, la lave brille ; en sa périphérie, la lave craque

Son liquide coule comme du sirop ; ses grumeaux sculptent des corps monstrueux

On l’entend à mille lieues

Quelque chose en elle gronde — non pas de colère, mais de chagrin

Quelque chose de bon et de profond s’affirme, malgré elle

La lave est « vraie »

Cette justesse et cette pureté, longtemps je les ai guettées — scrutées et désirées

Se rendre à l’évidence, c’est se détendre le temps d’un matin ; c’est entrer en résonance et vibrer en compagnie — pas à demi

Toucher le fond, c’est en soi-même se lier à jamais à cette fluidité qui détonne, à cette substance qui anime, à cet animal qui sublime

C’est, avec l’autre, les partager synchroniquement

Dans un même « Un » ; dans un même « Ah »…

C’est aller chercher la texture qui, en lui, enflammera l’univers et inondera la mer

C’est, en soi, la reconnaître aussi

Alors, « ce bien commun » devient… soutien, tension, pression, poussée, pulsion, éruption — principe de croissance et d’apparition

Manifestation primordiale

Et ascension terminale

Un évanouissement en exultation ; une extase en récession ; une mort en résurrection ; un accomplissement dans le coma

« Se rendre » n’est-il autre que cela ?

« Exister » implique-t-il une autre nécessité ? Une autre vérité ?

J’ai connu « cela »

On m’a transmis « cela »

Et, aujourd’hui encore, je vis de cela — tout bas

Ce qui sait « ne faire aucun bruit »… se penche désormais sur chacune de mes pensées et les discrimine…

A pas de velours, dans la douceur d’une attention familière

Dans le feutre de la passion, et sans détours inutile

Ce qui sait « se faire discret » m’infiltre de son émotion subtile, de sa caresse appuyée, de sa sonorité dégradée et de sa senteur automnale

Mes chats vous le diront : il n’existe aucune constance entre les vies, ni aucune liaison entre les reflets — chacun se mire pour un unique et dérisoire « effet »

Besoin de réactualiser… ce qui, sinon, se perdrait ou s’amenuiserait

Besoin de rendre tangible ce qui, dans l’espace et le temps, se soulage et s’inscrit

Revenir à « toi »

Et envisager le meilleur de la Loi

Son versant vif et émergent ; sa face souriante et réparatrice ; son profil tolérant et équanime ; sa physionomie droite et heureuse

« Le monde » — notre monde, avec ses mentalisations — n’est pas la complète Création

L’Inconscient collectif nous éconduit, nous enferme dans des préoccupations dignes d’attractions de foire

Continuellement, nous nous cantonnons, et sans l’assumer, nous stagnons « bas-de-plafond » — bornés sur des autoroutes que tout le monde emprunte, aux contours limités et répétés

Nos trajectoires ne creusent pas

Les traces de nos pas ne conduisent pas

Nos sillons, à même le sol, se perdent nulle part dans l’illusoire

Non comme d’autres, notre myopie n’est pas « créatrice », ni source de fantaisie curieuse ou d’illumination rédemptrice

Délibérément, et sans effusion, dans la drogue nous nous enterrons

« Les malades » sont la norme ; ils ne le savent pas

Le monde s’étiole d’ennui et de rustrerie

Il est berné… par l’industrie, la consommation et le divertissement — gratuits

Il est violenté par les flux financiers, et par l’argent « qui ne fait pas la valeur »

Il agonise sans sourciller, le monde !

Dans un océan d’inepties, quelques îlots demeurent, libres et féconds — dont le tien

Je t’y rejoins

J’y rencontre ces aventuriers de l’impossible, et de l’inutile, qui tous s’arrachent la primeur d’une ère nouvelle

Conquérants et pionniers, ils inventent la manière de se projeter de l’avant, de gagner sur l’acquis et de rogner sur l’habitude

L’incarnation de leur vision agit radicalement sur l’imprégnation cognitive de leurs contemporains, en ce que la plasticité de celle-ci accompagne les compréhensions et les automations

L’affection — primitive —, elle, reste pérenne

La pointe du danger, c’est ce que vivent les aigles en opération

Des aviateurs, ou bien des cosmonautes ; autrefois, des alpinistes, ou bien des navigateurs ; des apnéistes, ou bien des spéléos…

Des arpenteurs de la Nature, en ses reliefs accentués

Des précurseurs de l’existence vécue, et donnée… à l’humanité soucieuse, généreuse et enflammée

Un don ; un partage ; un rituel ; une cérémonie ; un ancrage…

La révélation du Divin dans l’humain

de l’Ange dans la bête

De l’Information dans la Matière et de l’onde dans le corpuscule

La véritable merveille ; l’ultime conviction

Les descentes croisent les élévations, et ainsi naît « la fusion » — ni raison, ni sensibilité ; stimulation pure « éthérique »

Je te désire, là

Je t’ambitionne, là

J’écoute le mystère de ta courbure océane, et celui de ta faille rocailleuse — à mi-chemin entre le chant et le râle

J’écoute et je pressens… que je m’y briserai à jamais, sans admettre ma condition d’orpheline, à peine dégrossie

A couvert, je saigne ma plaie et espère…

Mes yeux clignent : plus rien ne s’érige, ni ne m’atteint

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