13 - Emotions

29 juillet

Je n’en ai plus…

Le temps passe et l’humeur est dure, plongée dans l’amer

Je voudrais « pleurer », mais en moi tout est sec et rocailleux

Mon âme brûle à même le rocher, au milieu d’une mer de sel

La soif est là ; pourtant, discrète, elle s’efface… Balayé par le vent asséchant, le paysage se contente de lui-même et absorbe le temps

Cela dure si longtemps que l’image se perçoit presque fixe

« Un instant présent » pur et dématérialisé

Tout s’est arrêté — suspendu le vieillissement !

Il n’y a pas d’encombrement : juste un vieil olivier sans feuilles, ni fruits ; ses branches noueuses viennent caresser mes cheveux

Mes yeux ne regardent rien ; à perte de vue, l’horizon se referme sur la grisaille du ciel affecté — barbouillé, triste et congestionné

Je ne sature pas ; je tombe en poussière éparse sur le sol craquelé

L’eau est rare : un mince filet dans ma mémoire, une faible sonorité dans mes oreilles

Elle coule dans la fontaine, au bac autrefois rempli de fleurs

Elle coule en dehors de la pierre, car une fissure dans le berceau l’expulse en suintant

Elle déborde par le fond et s’écoule, perdue, sur le chemin de terre ; elle n’aura servi « à rien »

Ni à abreuver, ni à irriguer

Ni à remplir, ni à assouvir

Ni à faire pousser, ni à accomplir

L’eau stagne dans son tumulte, aux abords de la montagne fière et sage, digne et stable

L’eau vient distraire « la méditante en herbe » — sur laquelle de longs ruisseaux se font les dents et creusent des arcs-en-ciel

Pas de pluies torrentielles ; les flancs s’offrent au soleil et dorent leurs arrêtes

Les cimes rutilent ; à cette heure avancée de l’entre-deux, l’ombre est encore précieuse

Plus éployée, elle forme des silhouettes aux membres distendus

Je suis « elle » — la montagne, imperturbable maîtresse des dieux

Ainsi, je ne retrouve pas « mes émotions »

Ainsi, je ne glisse plus dans des cyclones rapides et mousseux

Mes ébats sont atones — immobiles et aphones

A perte de vue, je pérennise la maîtrise des siècles et des millénaires

La lente érosion des calvaires

Rien ne s’assombrit ; tout est donné à la lumière, qui s’aligne sur le seul zénith et défie le rythme du jour

Je suis fraîche et plombée

Rien ne s’apparente à l’ordinaire

Tout est sacré

Je replonge dans le passé — tout aussi « présent » que l’instant

J’infuse dans une goutte de coton et neutralise mes dilemmes

Je ne ressens plus rien

Or l’écriture ressemble à la résine des éprouvés… qui, ici, lentement coagulent

Serait-ce à dire que « c’en est fini » ?… Que le champ, avec ses blés et ses amoureux, est fauché ? Que la forêt, avec ses champignons et ses hallucinations, est incendiée ?

Que la terre est rasée ! ?… Que plus rien n’y poussera jamais ?

Je suis vierge, redevenue

Tout peut m’arriver

Offerte au vertige ; visitée par les aliens : ils tracent des signes étranges sur ma peau vernie

Je mute

Je lutte… pour demeurer « humaine » : ils le veulent

Pourquoi ? Nous, humains, qu’avons-nous, pour eux, de si appréciable ou de si avantageux ? Si nous disparaissions, nous rattraperaient-ils selon nos voeux ?

Je m’imagine déjà « dénaturée » à leur guise, transposée dans un univers… précisément « sans émotions »

Non pas prosaïquement mécaniste, mais au plus haut point éthéré

Je m’allonge entre deux couches gazeuses, invisibles, qui me portent, m’enveloppent et me serrent

Je me donne littéralement à l’expérience — cobaye compatissant

J’attends que s’ouvre ma perception, et que des fréquences bienfaisantes me pénètrent par les narines, la gorge et le plexus

J’accepte d’être manipulée, soulevée, vidée, expurgée ! J’accepte d’être dé-substantifiée… Rien que pour voir !

Ma situation présente, dans mon appartement, l’est tout autant

Je divulgue le mystère de mon corps à leur science

Dans l’espoir, « avec eux », de retrouver un semblant d’expression, une esquisse de mouvement : un échange profond

Sur la base de ma purification

Mes métaux lourds sont alchimisés ; mes matières fétides, rendues saines et immortelles

Je ne me soucie plus des secondes et court-circuite les évènements

Dans l’espace quantique, j’agis « là » et « ici » — ubiquitaire instantanément

Ma couleur est changeante ; elle s’adapte aux gens… que je croise sur la route, mes sandales à même le caillou

Je n’existe plus ; je fantasme sur « la Résurrection »

sur cet équilibre physique, moléculaire, vacillant entre l’onde et le corpuscule, selon les lois de « l’amorisation croissante »

Crescendo

Piano

Solo

Je me retrouve tout à la fois incarnée et immaculée

J’imagine des êtres tels que cela — dans l’abîme physico-chimique de l’origine, ou dans les confins cosmiques du recommencement

Ils peuplent des arènes démesurées et ne s’affrontent jamais

Ils fusionnent parfois ; mais ne se mélangent pas

Ils nous regardent, attentifs et soucieux… Nous ne sentons pas bon, et notre immatérialité est jaunie — sale et ternie

Que faire pour sauver la Vie ? !

Pour inonder les rivages de formes nourricières, et non de méduses urticantes

Que faire pour mobiliser le canal descendant ? La liaison divine, l’ésotérisme éclairé, la sorcellerie blanche ?

Que faire pour que, sans « croire », l’Homme s’imprègne de vision, d’intellection et de guérison

Quels sont les Messages ?… que j’entends

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