29 - Paysage

23 août

Irai-je jusqu’au bout ?

Malgré leur souffle, mes périples sont des fatigues pour l’esprit

C’est le corps durablement engourdi que je m’inflige de « voler »

C’est l’âme purement céleste que je me risque à « m’engouffrer »

… dans des cycles terribles, au fil de toboggans larges, rapides et sinueux

Je parcours « du paysage » : m’enfonce profond dans des vallons, au milieu de collines forestières sauvages ; rencontre toutes sortes d’animaux, plus ou moins familiers — tous apeurés ; visite des demeures, par d’autres décorées et habitées…

Le rythme m’entraîne, sur tout cela, à « surfer » — sans en ébrécher aucune des réalités

A perte de vue, mes campagnes de science fiction sont des étendues à parcourir en vélo-mobile ou en aile delta

Mais, au loin, enfin, je vois apparaître la mer… originelle

Son horizon se distingue en filigrane argenté ; le reflet des astres solaires dans les flots ventés illumine sa surface, devenue aveuglante, mais aussi insoumise et tumultueuse

Elle pourrait être « rouge-sang » ; elle n’est que « blanche-lumière »

Impossible de pénétrer dedans : je ne suis pas prête

Au dessus de ma tête, les deux soleils se répondent en un dégradé subtil d’or orangé

Ils semblent dans l’eau vouloir tomber et plonger, pour encore davantage vibrer, s’échauffer et s’émulsionner

L’eau est à 40°

Je ne peux y entrer

L’éclat, d’apparence glacée, ne correspond pas

Cette impressionnante immensité, là devant moi, est juste un très étrange « caméléon » organique

Certaines zones, turgescentes, ont une apparence sombre, mousseuse et agitée, presqu’encroûtée — comme si, depuis les gouffres, des relents de lave volcanique, sous-marine, étaient crachés par grosses giclées

D’autres zones semblent plutôt vitreuses — à la manière du glissé d’un lac gelé ; à leur surface, la couche-miroir recouverte de poudreuse, telle une véritable banquise, s’offre bien lisse, et s’avère, a priori, relativement épaisse

Toujours là, devant, je reste pétrifiée : lave et glace me manifestent toutes deux leur franche hostilité — par le yin et par le yang, outrés et dérégulés

Je ne prends aucune initiative qui pourrait mettre en péril ma vie

Mais « ne pas bouger » serait, en direct, un suicide !

Si briser la glace avec un piolet semble une évidence, les crachats en éruption me laissent, quant à eux, sans voie

Une fois la trouée vigoureusement percée — géométriquement ronde —, je remarque la clarté absolue de l’eau polaire du dessous, dévoilant un flux frétillant de petits poissons mordillants

Je visualise aussi la pâle réflexion de mon visage, tristement penché juste au-dessus ; jamais je ne m’immergerai… jamais je ne pourrai

Quant à l’agression courroucée, juste à côté, pour le moment, je l’ignore… moi-même, nerveusement, au bord d’exploser !

Mes parents — explorés ou refoulés

Entre deux hauteurs, très paresseusement bombées, où sont passées mes vallées, parfois dangereusement encaissées ? Et mon véhicule, filant lestement à grande vitesse en terra-planing ?

Au bout de mon éternité transpersonnelle, par ma généalogie rapprochée — trop fréquentée —, je demeure obstruée, arrêtée, nauséeuse et indisposée

Ici, la consubstantielle familiarité a franchi — ou défoncé ! — toutes les frontières de l’humanité

Me reconstituer — sans interagir avec ce qui, de lui-même, doit se découvrir, se réformer et s’affirmer

Est-ce que je porte « la même histoire » ?

D’un point de vue transgénérationnel, suis-je responsable de tout ou partie de « leurs maux » ?

Comment « aider » à la résorption de toutes ces congestions, latentes ou aigües, vaguement pesantes ou vivement douloureuses ?

… Pour autant, la lave doit-elle se refroidir et durcir ; et la glace, se réchauffer et fondre ?

Tout au contraire, la beauté des paysages ne réside-t-elle pas dans la violence de leur nature et dans la netteté de leurs contrastes ?

Je les laisse, là — en paix avec eux-mêmes, selon l’émergence du moment

Et en paix avec moi-même — selon la grandeur de mon abnégation ou bien la misère de ma rétractation

Je fuis

Me redirige… là où les deux soleils se baignent dans un sirop salé, mordoré — apaisé, voire presqu’immobile

Comme j’aime — alors je flotte et, sans crainte, me laisse porter par la contenance caramélisée, aux allures de baume adoucissant aromatisé

Je ne rencontre personne…

Ici, il n’y a âme qui vive !

Seule la musique me parvient… du dessous aquatique et fait tinter ma boîte crânienne, ainsi que résonner tous mes os

Je te vois « me » survoler

Tes ailes sont grandes ; ta majesté et ton ombre sur moi s’étendent

Je te regarde… émotionnellement

Sans désir autre que de te voir ainsi librement évoluer…

Tu aspires à te poser, mais aucun promontoire ne te le permet

Isolée, au milieu de tout et de rien, je dérive tranquillement... jusqu’à une plage, fouettée par un temps d’orage sans discernement

Je ne me protège… ni de la foudre, ni du tonnerre : tu me vois

Assise, sur moi je laisse couler les larmes de Dieu — qui, bientôt, forment des gouttes de rosée

Dedans, tu te reflètes en fleur de cristal

Je m’allonge et contemple le ciel encore chargé

Toujours attristée, je ravale l’aigreur de ma lignée et entre, pour eux, dans des souhaits alchimiques de guérison, mais ne pressens aucune « résolution » — proche ou lointaine ; invariablement, l’image « extrême » reste figée

Seulement, j’entre « en présence »…

Face à moi, l’Archange a stoppé et s’est immobilisé ; sa luminosité « bleu indigo » en moi se répercute, y créant une synergie « Ajna » de vision vaste et inspirée

A lui, instantanément, je me synchronise et m’unis

Avec tendresse, il me serre dans ses bras et veille sur mon bien-être miraculé

Avec vivacité et discrétion, il m'exprime son désir d’espace et d’ailleurs, son appel à la sagesse et à la douceur ; je le suis !

Nous partons

Sans me retourner sur l’Origine amère, je navigue dans l’oxygène de l’air, raclant toute la peau de mes mollets

Et ensemble, en une simple accélération, nous disparaissons

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