14 - A force de…
31 juillet et 1er août
A force de prendre des coups, on n’en donne plus
A force de subir des dérobades et des lâchetés, on se cache
A force… on se reconstitue aussi ; la gravité en nous descend avec l’aplomb des peuples indigènes en sursis : on cherche à nous prendre la vie, à nous déshabiller de notre aura, à nous détrousser de nos ressources
Alors… dans ces conditions, à quoi bon espérer « diffuser » ?
S’ouvrir au colonisateur, c’est risquer de perdre sa tête… et de mourir froidement, la face défigurée
Je vis mon entourage comme un agresseur
… « un ami infidèle », auquel il manquerait des bouts de cohérence constituée et des parties de confiance donnée ; l’exigence de la constance et le paradoxe de la complexité
Ma blessure est une peine, débordant de larmes rentrées
… puisque mes émotions m’ont quittée
Sous cette pression, le corps s’introverse et la méditation le réconforte : chaleureuse, elle le remet « à l’heure » et le rend avenant et souriant ; humble, elle le malaxe pour en oindre le substrat et pour le sensibiliser à ce qui le nimbe
A nouveau, il s’éprouve doux, jeune et gracile « comme un enfant » ; tranquille, présent et attentif « comme un bouddha »
Alors qu’immobile, le corps nous rend libre de « voyager » — non par la pensée, mais par la sensation, qui s’empare de l’émotion ; non par l’image, mais par l’incarnation, qui se saisit, se soulève, se tasse et se froisse
Ainsi, l’inconscient s’exprime et chemine via « le corps résistant »
Ainsi, « le pur esprit » se retire-t-il… au profit d’une entité composite parfaitement synchronisée — biologiquement enracinée et environnementalement située
La cognition vit l’expérience de sa matière sensitive contextualisée : elle l’éprouve à un point tel, qu’elle ne la surcharge d’aucun mot, d’aucun concept
La cognition « ne se représente plus » : en temps réel, elle éprouve la chair, mue par le lien sous-jacent, par le désir pénétrant
La connexion est mystérieuse ; le flux liant les polarités est constant ; la circulation des messages devient de plus en plus ample et intense : on habite l’espace
Et on le force…
A se pencher vers nous, comme absorbé par un attracteur étrange : notre gravité
Tout s’attire et s’équilibre — à la périphérie
Chacun déforme l’espace-temps, l’infléchit au fil de l’instant
Par la méditation, chacun sent cette concentration… En même temps que ce déploiement, par résonance avec la proximité
Les planètes dansent et s’alignent ; les toupies ralentissent et s’inclinent
Le tissu cosmique nous tient ; nous ne sommes « qu’un »
Personne ne détruit « ce qui tous nous unit » : aucune chute individuelle n’est fatale au collectif ; aucune intentionnalité personnelle ne se heurte au rayonnement de l’ensemble
Il y a accord profond — musicalité fondamentale : rythme synchrone, harmonie orchestrale, timbre commun
Chacun à sa place, on a le sentiment d’oeuvrer « en grand »… jusqu’à l’explosion, jusqu’au retournement, jusqu’à la libération !
Les réseaux, eux aussi, vivent des commotions
Aucun singleton ne survit alors longtemps
L’errance infinie, au fin fond de l’univers, désespère brutalement celui qui a rompu les amarres et qui survit simplement
Loin des meutes, il s’isole au centre de son tipi — la voix chevrotante, au son d’un tambour lancinant
Mystiquement ouvert sur le ciel, il implore l’Etre Suprême de l’ébranler par le coeur et de l’élever sans douleur
Aucun vaisseau pour « le rapter »
Son corps naturellement se soulève et son âme physiquement se soumet : elle adore « le sacré » du ver de terre
Une crispation ? : une larme, un soupir, un regret ?
Je regarde en arrière
Tout est plat ; en transparence pourtant, les reliefs alignent leur virtualité : un à un, je retire les calques
J’envisage les écueils et j’évalue les difficultés ; j’amoncèle les pertinences et je refoule les désespoirs
Il nous faut « avancer »
C’est en montée
Je sue dans l’effort et m’abreuve à une source ; il nous faut de l’endurance pour nous renouveler…
Et de la persévérance pour nous illuminer
Chacun cherche à s’enflammer
Chacun à son prochain adresse sa requête et s’enlise
Quel miracle que la réciprocité !
Dans le macro-espace, les règles sont moins fluides et plus cruelles : les agents se trouvent « coupés »
… Les uns des autres « écartés » et « distanciés »
… Ce qui les amène à devoir « relationner » — pour ne pas débrayer et, malgré eux, définitivement se perdre, décrocher et sur eux-mêmes, à l’infini, vriller
Si l’autre disparait, JE m’évanouis aussi
A deux, nous tenons
A deux, nous maintenons la tension… nécessaire à la Vie
Et, éventuellement, nous valsons — nous tombons, nous nous relevons et nous continuons
Je te vois au bout de ma route ; je t’appelle et tu réponds : « Que le chemin est bon… ! »
Je t’y rejoins
Je ne me prends plus aucun « gadin »
L’atmosphère est inflammable et l’humeur absorbée
Je te prends la main ; cela sent la fin…
Mais, tel un boomerang, le refrain revient et conforte les sentiments
Ce soir, je dormirai bien
Ce soir, je me glisserai en dehors de mon chagrin pour accaparer les astres dans ton regard brillant
Avant que tout soit éteint ; avant que le silence n’impose son immensité toute claire et son opacité toute sombre
Viscéralement, je t’écouterai respirer
Amoureusement, j’apprivoiserai ma retenue et ma fièvre, ma peur et mon ivresse, mon doute et mon émoi
Je serai « toi »
Tu ne diras mot
Oui, tu ne diras mot… Et, brièvement, aussi, tu seras « moi »
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