33 - Trop tard
30 août
Du vent !… à perpétuité, du vent !
Annonce-t-il la tourmente ? Ou porte-t-il l’insouciance ?
… jusqu’à nous
Le mouvement est-il un présage de changement ? Ou bien une dynamique de préservation ?
Une évolution ? Lente et souple
Pour un retournement ? Radical et engagé
Au beau milieu des deux, suis-je « exaucée » ? Quelque chose de plus sensé va-t-il enfin arriver ?… et transformer la meute à laquelle j’appartiens ?
Pourtant quelque chose de profond nous meut, et nous en veut : je m’assois sur le tabernacle et attend l’oracle ; je vide mes poches et fatigue un grigri
Tous, quelle que soit notre place, ou notre posture, on attend… le fin mot de l’Histoire et l'épilogue des repentirs
Nous ne nous excusons pas de naître, ni de mourir
Cependant que, vainement, toute la journée, nous braillons : nous discourons, nous analysons, nous commentons, nous comprenons, nous décidons et, soudain, nous paniquons !
Trop tard…
Il s’en sera fallu de peu que nous ne nous en sortions
Mais non
L’Ange, en-dessus, nous voit ; à lui, avec retard, nous nous ouvrons, nous réalisons et nous agissons… pour des miettes de succès, qui ne nous préservent pas des grands drames
Trop tard
L’Homme contemporain — ignorant, inconscient, piégé par l’élan de son propre pouvoir et lourd de tout son poids de survie — se retrouve fragile et esseulé, pris dans la fièvre d’un tourbillon létal
Pour lui, cela n’en est pas encore fini : en plus de périr, sans doute lui faut-il aussi souffrir ? Et, ce, de manière non négligeable, quoique parfaitement arbitraire — non questionnable et non justifiable
Quelque chose d’aveugle s’abat bel et bien sur nos destins
Quelque chose de sain, à défaut d’être « bon »
Quelque chose d’hautement « courroucé », poussé par la Loi karmique, endémique, faisant de nous des êtres primitivement faibles en liberté, puisque saisis dans des flux eux-mêmes « conditionnés »
Qui, encore aujourd’hui, oserait cruellement se défendre, se soulever, s’insurger et se révolter, pour le seul bien de sa sacro-sainte créativité ?
Ce temps-là n’est-il pas déjà passé ?
Depuis le siècle de Vinci, tous les rêves ne se sont-ils pas brisés ?
Et si l’homme retourne bien un jour sur la Lune, ce le sera avec quelle arrière pensée ? Celle de fendre le monde en deux ? Entre super-puissances, empires illégitimes et alliances de circonstance
Que nous valent les leçons des siècles écoulés ?… si notre nature, avide et satisfaite, ne s’en trouve pas avant tout réformée
Sommes-nous tous « crétins » à ce point ?
Les joies, une à une, s’enflamment ou s’éteignent ; s’assèchent ou pourrissent d’elles-mêmes
Les humeurs nocturnes, devenues sombres et taciturnes, ne procréent plus
Que ne nous levons-nous plus, à l’aube, pour écrire la mélancolie ! Que ne nous baignons-nous plus, l’été, dans l’eau de pluie !
Fraîcheur et douceur sont parties
Lenteur et apesanteur pourtant nous arrêtent ; encore, pour le temps qu’il nous reste, oui, nous en voulons…
Sentimentalement, nous demeurons « touchés »… par le son d’un crissement de sérac avant son effondrement, par l’émotion de courbes corporelles contemplées après l’amour, par le parfum doux-amer des bras de l’autre quand, à en étouffer, celui-ci nous serre contre lui,… et par le goût indéfinissable du pain au chocolat !
De petites choses qui nous lient
De gigantesques lianes qui « nous tissent » dans la trame de l’existant — sur des plans apparemment sans importance, mais qui s’avèrent magiques et subtils
L’attachement — de celui qui nous mène et que l’on emmène
Une fois morte, je serai LIBRE de moi ! Et vivante par TOI
Rien ne pourra plus s’opposer à ma FOI
Peut-être ne te rapprocheras-tu pas de moi ; peut-être demeureras-tu à la fois ici et là…
Mais je te porterai en moi et mon âme n’exaltera que cette joie-là !
Rien, à ce jour, ne peut me séparer de l’amour que j’ai pour toi
« Aimer est plus fort que d’être aimé », clamait la chanson
« Aimer », entre nous, coule « dru », comme le lait au sortir du pis de la vache, et s’infiltre « mou », comme des ramifications fluviales parmi les alluvions
J’entrevois un lancer de colombes
J’enlace ton buste bombé et chaud ; et, un instant, me pose
Rien pour moi n’est assuré : que j’endure ou que je tremble ; que je pleure ou que je jouisse
C’est pareil
Tu es ma planète unique et ma terre fertile ; tu es mon soleil aux rayons électrisants et mon satellite aux douceurs onctueuses
Anxieuse et sereine, je suis
Avec toi, telle une toupie inversée, sur moi-même je tournoie !
Sans toi, sous la masse d’une montagne sans neige, au fin fond d’un tunnel je m’écrase
Tu ne me regardes pas ; et c’est bien comme cela…
Tu me humes, dans l’air encore de mes vingt ans ; je ne les ai plus, mais c’est aussi bien comme cela
Rien tout à fait ne passe, et, rien, tout aussi fort, ne presse
J’entends « le déclic » de fin de vie, avec toi patiemment s’harmoniser — et, en concomitance, des résurgences d’optimisme, des chaleurs animales et des jouvences primordiales, s'exprimer
Un homme neuf, en toi, apparaît
Le survivant de la haute mer — né deux fois ; le nourrisson de la vraie vie, reparti pour découvrir et pour inventer
… des cheminements téméraires et pionniers
Alors, je m’illumine
Pas un pas de moins dans les tiens ; je m’incline sur ma fortune
Ferme tes yeux et ouvre les miens : ils n’accusent pas le passé… non ; ils s’émerveillent de ce que l’on est parvenu à sauver
Une fidélité, au coeur vivifiée
Une tendresse, sur le bord inexplorée
Je reviens à toi pour m’identifier et pour te libérer : de moi, de mes contradictions, de mes inquiétudes et de mes addictions
Pour toi, seule, je vivrai mes convulsions
Pour moi, seul, tu poursuivras « la chute finale », musicale, et le sens de sa construction
Dans un blanc… BLANC — mat, pur et conjuré du mauvais sort
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