4 - Etat premier

15 juillet

C’est un rêve… juste une limbe… un rien qui dort, sans rien émettre, sans rien compromettre

Quelque chose d’éteint ; du point de vue de la conscience, une architecture décalée, isolée — avec un alphabet aussi émergent qu’effiloché

Pour vous, peut-être, les images ne se forment pas ; mais, dans mon film mental, elles défilent pourtant… inlassablement

Leur flot est inexorable, signe que je vis

Mes petites morts sont de simples bifurcations : des réagencements — pour des confirmations ou des infirmations, à venir

Il en existe mille ! Je ne les compte plus…

Elles m’assaillent de leur refrain, véritable tremplin : récapitulation, régénération — préparant le rebond prochain

Mes petites morts sont le souffle de mes images, dès lors que celles-ci s’animent, et prennent de la vitesse sans se tordre

Les rêves. Quels sont les vôtres ? Je vous confie les miens

Je n’ai pas la main… Comprenez-le bien

Je suis le fil qui se déroule et me guide… sans que j’agrippe le moindre mot, le moindre flash, la moindre couleur ou le moindre sens

Il y a l’espace dans lequel évoluent les miroirs de la vie réelle, sous leur vocable le plus mystérieux, le plus insidieux

Il y a ce que je ne dis pas — parce que ma psyché ne le formule pas ; et il y a ce qui apparaît, net

Tout le monde n’y est pas : des zones de soi se cachent, silencieuses ou léthargiques, latentes ou agoniques

Je voudrais que tout le larvé s’éveille et me dise !… s’élève et m’impressionne !… ou se taise et me tacle !

J’aime que l’écrit me dicte à haute voix ce qui de moi s’immisce dans l’incompréhensible de vous

Car je sais votre trouble : l’envie de quitter, lâcher, jeter, abandonner

Seulement, à la manière des touaregs dans le désert, je persévère… posant un pied devant l’autre, sans contempler ma trace éphémère dans le sable chaud

Rapidement, la cicatrice dans le sol meuble se referme : je n’ai pas été ; rien ne se retient ; rien ne fait corps avec ici

Alors, peut-être, tout appartient-il à « là-bas » ?… que je connais à peine, pour l’avoir un jour fendu du regard et dévoilé de mes mains

Mais ce n’est pas le terrain, hésitant, d’aujourd’hui…

Il me faut m’assoir

… et percevoir l’issue, comprendre la trajectoire

La vie est tellement entortillée de fougue et d’ennui, de vision et d’incertitude, de « là-bas » et d’« ici »  que parfois rien ne se déploie, ne se détend ; on ne trouve pas le nœud, on ne saisit pas la dynamique, on ne capte pas la musique

Et je m’endors tendrement… dans le subtil qui tout juste m’échappe

Et je laisse à d’autres le soin de conceptualiser ce qui, chez moi, chaque fois s’évanouit dans la grâce

Je bascule… Je bascule dans ma boîte crânienne, dont les vaisseaux tapent — au rythme des songes ensorceleurs et des ondes hantées

Rien, en moi, ne se retient d’imaginer, d’abstraire ou de configurer

Tout devient « matière »… succédant à l’absence

Tout revient, à la charnière, pour manifester sa constance

Tout s’obstine, face à moi ; tout s’agrège, sans crainte, ni logique

Les éboulis épars ne chagrinent en rien celui qui tranquillement passe son chemin

Toi

En fait, je ne dis rien ; et tu ne retiens rien

En fait, sinueuse, l’eau coule… et c’est tout

Le blizzard dans mes oreilles alors fait le reste et siffle fort la fin

Je me réintègre brutalement… et, au bout de quelques instants, ré-éclaire le paysage selon une présence nette, une vision claire

Je ne dis toujours rien : aucune histoire ne me parcourt ; aucun karma en moi ne semble lourd ; aucun relent ne vient obstruer mon feeling des évènements passés : tout est vif et libéré, disponible et attentif

Que survienne l’opportunité ; que s’impose la stabilité

Mon état est neutre et enjoué

Il guette l’enjeu ; il annexe la sobriété

La clé des sentiments est diluée, disloquée ; le sens de l’élan est contrarié, phagocyté

Jamais plus je ne me connaîtrai… autrement que projetée loin des règles communes et des mœurs moyennes

J’embrasse un rien de la totalité, mais le monde m’identifie… exactement telle que j’apparais

Je m’endors sur son flanc, comme si j’agrippais le corps d’un seul homme

J’entends battre son ventre et vibrer son coeur ; j’effleure la peau fine et je tapote la mesure… de mes doigts tendus par la passion clandestine

Je m’égare

Personne ne me retrouve « en moi-même », puisque j’échappe à l’image qu’il donne

Je prolonge le moment — intensément, ouvertement, immensément

Mon appel devient démesuré : il ressemble au chant de l’Ange, quand celui-ci est outré, forcé, sur-fréquencé

Jamais je ne me laisse, en paix, reposer ; j’alimente le duel, le souffle coupé et les ailes déployées

Je ne pense plus ; je m’émeus… telle une guerrière invincible soudain graciée

Je souffle sur le sel, qui tournoie en volutes rondes et s’évapore en nuages imparfaits

J’éclabousse tout ce que je peux… Je suis partout !… jusqu’à l’autre bout de là

Jusqu’à l’autre bout de toi

Bientôt, je tournerai la page, sans m’étendre davantage

Bientôt, je me coucherai à plat, sans plus m’en prendre au Sage

… Emergera alors la lueur douce de ton regard sur moi

… S’enfoncera alors mon plus beau dard dans les Lois

Afin de sceller notre union et de désagréger les inutiles années, les fades nuitées

Je m’absenterai en toi

Tu te retrouveras en moi

Et nous disparaîtrons dans l’illumination quotidienne des ruelles étroites, avec leurs escaliers de guingois

Les pierres nous souriront ; les plantes s’inclineront ; les rats se sauveront

Tu me serreras la main, et puis plus rien…

Juste la mer devant soi — le rythme et la Foi

Commentaires

poèmes les plus lus

29 - Paysage

32 - Le voyage de l’Ange

40 - Inconscient