34 - Hypoxie

31 août

Y retourner — sans lénification naturelle, sans aliénation obsessionnelle, sans fatigue spirituelle et sans renoncement littéraire

Y retourner, comme on se rend aux champs — avec le même sens du devoir et de la mission, avec le même remplissement et la même joie !

Honorer un rendez-vous

Procéder à une rencontre

Céder au précieux et renoncer à soi-même, dans l’avarie et l’obscénité de l’ordinaire

Retrouver la proximité de la terre, et s’envoler — le regard projeté haut et loin dans les cieux, déserts

Pas un nuage pour se poser

Par un arc-en-ciel pour se baigner

Ni un croissant de Lune pour se balancer

Juste une raréfaction de l’oxygène, à l’origine d’une sur-pressurisation artérielle : bientôt une hypoxie ?

D’où vient cet appel de l’altitude ? Peut-on connaître plus grisant ? Y a-t-il une limite à la satisfaction dans l’élévation ?

Ce qui est dit « supérieur » touche la profondeur ; et, de manière indifférenciée, les extrêmes « haut » et « bas », en nous, s’interpénètrent

Je le sens, ancré dans mon corps ; je l’expérimente, verticalisé dans mon être ; je l’éprouve, dissout dans ma présence… jusqu’à l’autre bout…

Qui, à moi, revient

Les cycles sont une empreinte vitale à la Nécessité, qui ainsi à l’infini boucle sur elle-même

Ni origine, ni finalité qui tiennent : à chaque maillon de la chaîne, juste une interdépendance mobile et créative

Et une émergence libre et imaginative — amoureuse de l’Information… en vis-à-vis et au-dedans

Harmoniser les parties et, à chaque palier, les faire accoucher de dimensions plus finement incarnées, donnant lieu à une subjectivité de plus en plus « évoluée »

S’imprimer de ce double mouvement, ascendant et descendant, et simplement aller « plus avant » !

Aimer se laisser troubler… dans l’imperception de « ce qui est », qui ne livre ni sa forme, ni son mystère

Dans un premier temps, vulnérable, ne rien stabiliser

Puis, sur cette base « chaotique » préalable, progressivement, se sentir devenir tout à fait global et « synchronisé » — mieux percevant

Alors, ouvertement, naître au niveau de soi « juste au-dessus » — celui toujours plus sensitif et cellulaire, mais aussi celui toujours plus clair et connaissant

Et se noyer dedans

Par l’éthique méditative, libérer son instinct, et vivre d’équilibres hasardeux, de plongeons exorcisés, d’étonnements subjugués, de spontanéités éclairées

Conjuguer le passé, pour karmiquement le tresser dans la trame « présente » à nos yeux : celle sur laquelle « je peux » et « je veux »

Ne plus se fatiguer, mais courir éthéré

Ivre d’énergie, assouvir son désir de liberté et satisfaire sa quête de légitimité

Une concordance de voies

S’asseoir sur la plage et contempler la nuit

S’enfoncer dans le sable et saborder ses propres rêves, maudits

Se laisser pénétrer par la fraîcheur venue du large et par la saveur contenue dans le sel

Oublier

jusqu’à ce qui, là, nous a fait échouer — dans le détroit

Entre deux océans, de couleurs contrastées qui ne se mélangent pas

Le Pacifique et l’Atlantique : le bleu nuit et le vert blanchi

L’intense vertigineux et l’opaque tumultueux

Co-existence de deux géants — dans leur nature propre et dans leur extension souveraine

Je ne suis ni l’un, ni l’autre ; sans frontière, je suis « les deux »

Pure et abyssale, dense et limoneuse, je reflète et je m’agite… Les deux

A cheval sur les contraires, vainement je me rejoins et me repère

Tu me tiens parfois la main… pour m’emmener au plus précieux d’eux, sans en choisir aucun

Chacun son aspect, chacun sa qualité ; chacun son vivier, chacun son biotope

A la lisière, sur moi-même je tournoie, et pénètre « la vraie mer » — celle qui à toi me lie

Il ne s’agit pas de la maternité qui m’a fait naître, non

Mais plutôt de celle qu’en mon sein, je n’ai pas portée — pas engendrée, pas procréée

Ces quelques lignes en sont le prolongement… dans un temps désespérément statique ou allongé

Sur le flanc, pour mourir, je m’étends

Les naissances commencent toutes par des disparitions

Et les morts, toutes, par des promesses de « nouvelle manifestation »

L’outre-tombe, en somme, est remplie de misères et d’allégresses, réunies

Nos vies ne sont que des pointillés, suspendus dans « la trace initiale » — celle de l’Ange

J’émerge de son soleil unique, et de ma propre corruption

A l’horizon, à l’aplomb des dolmens je m’aligne… pour en saisir le plus parfait rayon et pour divinement m’en transpercer

La vivacité lumineuse m’allège de mes trop toxiques confusions

Je respire nettement

Et attends le glas, parcourant la rase campagne à dos d’éléphant blanc — le sentier de Samatha

Là encore, tu ne me vois pas

Mais je scrute ton accoutrement, à dos de cheval… dès lors qu’à moi, sans mot dire, tu te présentes avec tes visions

Dom Quichotte, je t’adore

Tu me ressembles soudain

Comme les tiens, mes châteaux sont des refuges dignes des plus sourdes hallucinations ; à l’instar de tes princesses, mes prétendants ressemblent à des mausolées évanescents

Pour affermir le sens de « son histoire », il est vrai que tout le monde de moi s’est soustrait

Je me retrouve « enfant » — sans dents

Folle et inassouvie

Fière et déphasée

Sans doute, je vomis

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