27 - Verticale
20 août
Les grandes émotions ne me traversent pas
Mais, très fatalement, « une petite chanson » me berce l’eau du plexus — son feu presqu’éteint
Je me sens plutôt bien… à fouler mon imaginaire, libre et doré
Je n’accueille que la couleur des roses, car, à moi, « l’autre » aucunement ne vient
Je n’ai rien à creuser, rien à envisager, rien à prouver
Juste à « méditer » ; de cela, je peux parler…
Un peu d’énergie et de rythme dans les oreilles pour maintenir le niveau d’éveil ; et voir « apparaître »… tout ce qui, sous mes yeux, très vite passe son chemin
Ce qui surgit me surprend, et souvent me désespère
Les langages enfouis ne racontent que peu leur périple : comme du sirop, ils s’infiltrent par les fissures de l’inconscient
… et leurs résurgences — par trop opaques !… confuses, surréalistes ou traumatiques — nous donnent une illusion de mort réelle
Je fais du collage de vie psychique : de la marmelade d’images usurpées ; du patchwork de motifs alambiqués ; de la compression de sentiments usés
L’ancien côtoie le spéculatif
Les mémoires se frottent au créatif
Et on laisse « glisser »… jusqu’au bout de l’infinitude dispersée : jusque dans le secret des roches claires et dans le mystère des brumes étales
Là, précisément, on s’alite et on se repose
Là, in-tranquillement, un temps, on voit rose
Les musiques nous entraînent si loin dans les sous-couches de nos zones portuaires — où je me trouve de passage pour le Pôle Nord
Les ondes synchronisent si profondément la neurobiologie de nos artères urbaines — par lesquelles je lambine sur la route des Annapurnas himalayennes
Je marche
Infatigablement, mes pas succèdent à mes pas — sans que je réalise bien « là où je suis »
L’important est l’effort physique de la course, l’implication motivationnelle de l’ascension
On pense, au bout, vivre l’unique Lumière !
Tout comme l’apnéiste, fou, plongeant dans les gouffres toujours plus sombres et épais — en quête de divagations spatiales, de palpitations sanguines, de vertiges intra-ventriculaires et de sons létaux
Je monte ou je descends ; j’aspire ou j’intériorise
Telle une flèche, je file dans l’air ou dans l’eau pour atteindre ce que je ne touche pas de mon vivant
De toute mon inertie, méthodiquement, je me soulève en me libérant — sous moi la montagne, ferme comme une mère sauvage
De toute ma vitesse, lestement, je danse en ondulant — immergée dans la mer, dense comme une pieuvre noire
Ni cabri, ni sirène…
Je visite ce que je ne connais pas, et qui veut bien de moi
Je voyage dans le ventre de la vie, en ses deux pôles féminisés
Car c’est immobile, en méditant, que me viennent les plus exaltants de mes fantasmes dynamiques
Je me déploie alors dans des milieux étrangers et dangereux — mais qui semblent m’aimer à la manière d’amants satisfaits
Je m’approprie des spectres de destinée, qui ne sont pas « les miens », mais qui, en mon coeur, résonnent de tout un fond orchestral sublimé
Que celle-ci soit abruptement érigée ou bien sèchement plantée, la grande faille dirige ma recherche de Dieu
… et mes jouissances sont celles d’une mystique de l’univers
L’altérité est celle des sphères éthérées — habitées, humanisées
L’incarnation est celle des cellules transfigurées — au maximum de leur potentialité
Comment faire se joindre « les deux voies »… en leur juste milieu ? En une émergence harmonisée ; en une conjonction re-naturalisée
Qu’inventer de Nouveau comme « propriétés » ?
Que pourrais-je « être » que je ne suis déjà ?… Je me voudrais volatile et ubiquitaire ; à la fois transparente et couleur caméléon
Je me voudrais « verticale » dans la profondeur — en mode ascensionné
Vous qui, ainsi, m’avez connue, je ne suis plus…
Vous qui, ainsi, m’avez accompagnée, vous avez su
… l’attirance pour la démesure des dieux et la perversion de l’engluement dans la glaise
Mes pieds, depuis, n’ont pas bougé
N’ont pas foulé, ni reculé
Ils se sont retrouvés passionnément à vous suivre… jusque dans vos fourreaux et dans vos créations… puis, jusqu’à la limite de vos tombes
Personne ne pénètre la mort, sans en revenir renaissant
Personne ne blesse son amour-propre, sans en resurgir plus vivant
Je me serai enfoncée loin dans le courant, et serai passée par le trou d’une petite souris pour, peut-être, via ces mots, imaginer un jour « me rencontrer »
Ce qui n’était nullement mon voeu !
Moi, je voulais l’autre à mes côtés
Moi, je voulais « épouser »
Et, dans lui, toujours plus intérieurement, sonder et appréhender l’universelle et variante in-Vérité
Qu’incessamment, tout nous échappe !… et se recrée
Qu'entre nos doigts, impuissamment, tout vive et tout meurt
Que des pleures et des joies, des caprices et des rires, submergent des enfants aimés — « arcs-en-ciel » ou « vifs argent »
Comme dans les films américains, que d’irrépressibles tonnerres d’amour tombent sur nous, la nuit
Et qu’au petit matin, on se retrouve, tous, responsables et sereins
Bien portants et heureux de croître selon l’exigence de la nouvelle génération
Triomphant des emmerdes, comme des succès
Au contact de l’autre, en nous-mêmes sans cesse régénérés
Dans l’intimité
Dans la pureté
Dans la sécurité… d’une fin de journée chauffée et partagée
Je m’unis à cette pensée, et tournoie en sa fragile et douce synergie ; je fusionne avec toi, en une histoire qui n’est pas nôtre
Presque pas
A quelques pas de cela — par-delà une rivière qui fait toute la différence
Par-delà un désert qui, en nous, marque toute la constance
A s’aimer et à se toucher… alors même que « l'on ne se voit pas »
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