11 - Colère

27 juillet

Les rêves me font mal

Ils m’emmènent là où « rien n’est » : quelques planches en guise de tables ou de lits ; la délimitation aléatoire de mon petit territoire par des objets « pauvres » alignés sur le bois craqué

Je m’éveille paniquée : ai-je si peu ? Suis-je si isolée, à l’ombre de deux trois bricoles ainsi rassemblées ?

L’émotion m’a désertée ; ne demeure qu’un vague sentiment d’amertume et de poussière en tout

Ma cabane est définitivement sèche… et sans doute déjà vermoulue

Je cherche à en capter tout le contenu psychique, toute la charge symbolique, mais aucun mouvement de fond ne prend véritablement le relais

Aride, je suis ; hautement inflammable !

Sombre, je suis ; imperturbablement hantée

… par l’absence d’altérité

La musique me disperse, mais son manège en moi déjà disparaît

Aucune lame profonde pour me faire vivre l’intensité-maîtresse de « ce qui est » : je n’éprouve plus… ni ne réponds

Il semble juste que je disparaisse ; il le faut bien…

Aucun désespoir ; juste de la brume

Un matin, sur la grève, je me perçois telle une silhouette déjà outre-passée — devenue simple signe

Quelle est mon expression ? Debout, je tiens un livre et je parle aux oiseaux : mon rôle est de leur enseigner l’histoire cruelle… afin qu’ensemble enfin ils en discutent, et me disent

Ce que de bien plus haut, « on » en pense

Ce que de bien plus loin, « on » en traduit

A la croisée des chemins humains, que reste-t-il à faire ?

Les conciliabules se poursuivent dans l’air humide et froid ; les oiseaux sont surpris : ils entendent l’alerte, mais, en se tordant la gorge, pépient dans le vide

Seraient-ils eux aussi impuissants ?… et fragiles ? Indécis… et nerveux ?

La scène se prolonge dans la pénombre, sur fond de spectre lumineux ; les petits êtres sautillants, alors, se faufilent par les raies claires et régulières, et aussitôt s’envolent dans l’azur éblouissant qui remplit et éclate « l’autre côté »

Ils fuient autant qu’ils le peuvent !… dans un bruissement général de battements d’ailes, dans une fusion désordonnée de piaillements inquiets

C‘est le prix de leur liberté… Prendre de court le grondement qui vient et déserter avant que l’imposante météorite ne s’écrase sur « leur monde », auparavant léger et serein

Les Anges ont donc quitté mon domicile

La lecture, trop explicite, ne leur a pas fait de bien

Mon âme déchirée — cette silhouette à fleur de lac — ne s’exprime plus

L’eau, à la profondeur verte, opaque et obscure, ride désormais sa surface, préalablement lisse, de dessins « venus du ciel »

Quelqu’un cherche-t-il à « nous » dire… ? A « nous » sauver, peut-être ?

Quelqu’un est bien « présent », et son langage magnétique imprime par le vent ce qui, demain, sera déchiffré par nos enfants

Nous n’avons pas la solution

Nous ne détenons pas non plus la clé de l’énigme cabalistique

Nous vivons dans un flou, mariné d’angoisse diffuse

« Le pire » pourrait-il nous conduire vers… une compréhension plus globale, plus précise ? Vers une régénération ? Une renaissance ? Un renouveau ?

Avons-nous un seuil de mal-être à bientôt juguler — endiguer, épuiser, dépasser ?

Je me perche sur le couronnement du barrage, et j’attends

Sage, attentiste, passive… je m’ennuie : tous les oiseaux sont partis ! Je les ai instruits et leur ai fait peur dans ma nuit

Une mésange, elle, ne voit que le jour qui palpite

Et s’affole vite

Les tonalités « basses » avancent au lointain : les ondes « graves » progressent et leur écho, décuplé, s’annonce via le truchement des ravins

Quelques secondes avant la catastrophe, « on » vit encore

Quel est ce grondement ?

Une avalanche naturelle ?

Ou bien une arrivée massive de tripodes artificiels ?

Je stresse : dès lors que la faune heureuse s’en est allée, l’homme est en proie aux démons courroucés

Les plus intelligents

Les moins écoutants

Soudain, une ombre gigantesque recouvre la totalité du paysage et la cime des plus hautes montagnes vient se coucher dans la transparence du lac éteint

Les cimes s’inclinent devant Celui qui manifeste sa colère et voile le soleil

Dieu descend

Je voudrais qu’il me dise… ce qu’il voit et ce qu’il entend

Pourquoi

Pourquoi le coeur du monde s’est-il ainsi retourné ? Et pourquoi son envers terrifie-t-il autant… et les animaux, et les gens ?

Je joue les intermédiaires

Une épée, dans les nuages noircis, trace des hiéroglyphes de lumière

Un grand cercle et un point

Est-on parvenus à la fin ? Nous faut-il prendre congé de nous-mêmes ? Couper avec « le mal » en nous-mêmes ?

Comment suspendre le cercle ?… si ce n’est par le point

Comment interrompre la trajectoire d’une roue ?… si ce n’est par l’entremise d’un bâton habilement planté dedans

Bloquer l’invasion samsarique — enténébrée

Par le glaive, la percuter, la pénétrer, l’éreinter et la durcir

Un peu de violence pour finir et pour jouir, pour avertir et pour resplendir

Je luis, tel un phare alarmé par l’urgence ; telle une luciole dans le bleu nocturne, entiédi

Je cristallise des quêtes, des crises et des obsessions

Je catalyse des humeurs, des élans et des migrations

J’anéantis les illusions

L’honneur de la Terre m’a parlé : il se lève… pour nous trucider

Les coupables ne seront pas pardonnés

Les volontaires de l’Eau et du Feu seront ascensionnés

Les malfaisants, dénoncés ; les humiliés, relevés

On manque de Justice, évidente par les faits ; on ratisse à même le caillou et la boue, sans appréhender la pépite qui, jusqu’au bout, nous alchimiserait…

A vous d’en trouver le nom

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