18 - La difficulté
7 août (matinée)
Fondamentalement, on ne se dirige que vers l’Amour
Ce qui nous tracte, c’est la Lumière… Originairement, on ne rejoint que notre « bien-être » : celui qui nous ouvre à « ce qui est », et qui nous nourrit de vie et de croissance
Et si on en passe par la difficulté, c’est pour mieux la cerner — la viser, l’affronter et « la dire » en vérité
Sans s’y attarder — mais sans la contourner
Sans s’y complaire — mais sans l’éviter
« Ce qui est pur » rend joyeux : mes sentiments le sont, à partir du moment où je les prends à la source, quelle que soit leur nature
Mes colères, rares
Mes tristesses, fréquentes
Mes peurs, inavouées, et mes dégoûts, explorés
… manifestent — non pas le fond de mon humeur — mais des états, épais et compacts, qui précèdent l’éclaircie du dessous
Par delà les couches temporaires
Au-delà des vicissitudes familières
En-deçà des traversées journalières — relatives et créatives — avec leur lot d’imprévus : de possibles et de renoncements, d’éventualités et de fermetures
Quelles qu’elles soient, nos émotions sont « des fantaisies » ; jamais des déconvenues ou des dérangements
On les accueille, dans leur berceau… comme la Vie qui apparaît et qui s’agite
Comme une chance ou une épreuve, qui font un signe… pour nous permettre d’appréhender et de comprendre
Pour pénétrer
… les univers et les particularités
Pour « nous situer », dans ce monde où tout passe et où tout surgit !
« Cheminer » induit du relief dans nos existences, qu’elles soient pauvres ou intenses
Et des aspérités, pour s’y accrocher ou pour y renoncer
… pour s’agripper aux prises anguleuses et coupantes, et se hisser tout en haut du sommet, chaud et empierré
… ou bien, pour glisser le long de parois lisses et glacées, comme l’eau fine sur la rondeur du rocher
Afin de nous déterminer — de savoir « qui l’on est »
Afin de nous mettre au défi de connaître, face à nous, « Qui est »
… pour, en nous, le faire parler : le tarir ou l’alimenter
Ainsi se découvrent les notes fugaces liées au frottement de nos terres célestes et au grincement de nos ferrailles diverses
Ainsi se dévoile « l’entre-deux », et s’impose l’émergence des phénomènes nouveaux
Ainsi, sommes-nous des Hommes
Qui ne nous défaussons sur rien et qui rions face au Malin
… Lequel pourrait imposer son Principe simple de Séparation, ou de Désunion ; lequel pourrait soudoyer nos élans premiers et nous faire basculer dans un immense chaos, en noir et blanc
L’Espace du Démon
Le piano mélange les tonalités devenues « grises » ; nos oreilles en captent la continuité, orange ou turquoise
Je veux vivre de la Transparence et de la Couleur !
Et assumer « ma faille » — puisqu’elle se présente
Je veux pleinement vivre ma topographie exacte, sans la combler par d’habiles mensonges ou la grimer par des refus obtus
Mes maquillages soulignent mes traits
Avec eux, cohabitent les Anges… qui le veulent bien
Avec eux, s’immiscent les allures plus gracieuses et les douceurs plus sucrées
Après… « ce qui nous anime » ne nous révèle pas toujours son origine — telle qu’auparavant « vécue » ?
J’imagine… J’imagine la jouvence de bains particulaires débordés par de fraîches rosées et parcourus d’étincelles cuisantes
Je « nous » sens souriants et ardents
Libres et dansants
Tournoyants, virevoltants
Chatouillés de l’intérieur par des tendresses gelées
Emerveillés de l’extérieur par des spectacles ciselés
Nos yeux sont grands ; nos mémoires, pleines ; nos sacoches, vides…
Il nous faut nous séparer de beaucoup de nous-mêmes
L’expérience suprême se mérite « à nu »
Nos mains alors plongent dans l’obscène, et nos pieds fascinent les trop rêveurs : nous n’avons ni limites, ni règles, ni heures
Nous ne respectons que les frontières entre « l’être » et « le non-être », entre la connexion à la Source et la superficialité courante — gazeuse et enivrante
Nous n’écoutons que les Prophètes
Ceux qui sermonnent « le maintenant », pour en éclore le substrat rempli de demain
Pour eux, le jour est juteux comme le fruit
Et les pépins sont des germes d’action, épanouis dans le mouvement
J’enracine ma raison… pour ne pas la gâcher au toucher
Je verticalise ma sensation… pour ne pas la pourrir au contact du serpent des sables mouillés
Mon trancher est peut-être négligé ; mais je m’applique, sans me forcer
Je me soulève à peine : du coussin, je me décolle en millimètres
Alors mon corps me dit ce que je dois entendre : « Toi-même, tu es Source et, par toi, transite le Message d’équilibre requis
Tu deviens l’icône
Tu dissous… et le reste, et l’orgie »
Je m’exécute et renforce la posture — déjà fatiguée : je dois « tenir », et « verdir »… comme les plantes dans la brume ensoleillée
Infusée, je peux diffuser
Endormie, je peux m’éveiller
Imprégnée, je vais m’amuser
Aux aguets, je vais rencontrer
Mon œil est sûr de lui… et ma sensibilité offerte : je suis dans « ce qui est » et j’approche la réalité avec l’intelligence de l’Indien Mohican
Je suis dernière ; je suis première
Je suis lente ; je suis subite
Je suis morte ; JE SUIS
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