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19 et 20 juillet
L’écriture est chaude ; les peaux sont humides et molles, parcourues de frissons profonds ; la tête, migraineuse, se cogne contre les réalités du feu… celles de la terre d’hier
Inexistante, vacillante, nauséeuse
Les ressources sont faibles ; il se pourrait que le malaise vagal de certains soit fatal, létal
La Terre tourne plus vite pour attiser la brûlure de sa surface enflammée
On ne sait plus « où l’on va » ; encore moins « où l’on est »…
Nos repères se brouillent sous l’effet des vapeurs et des fumées, du stress et de la peur
La rumeur animale des incendies rôde la nuit dans la moiteur de nos lits
Nos sommeils sont tourmentés, évidés : le réel nous fuit ; le cauchemar prend place… lentement, subrepticement — sans que l’on s’en rende bien compte, immédiatement
On réalise peu à peu notre situation — c’est long, hérissé de piquants
C’est long et, aussi, béant
La Vie en mode « survie », c’est autre chose ; notre intensité vitale se condense à la dimension d’une pelote, qui ne suffit pas à enrayer notre prochaine dissolution
Je nous vois tous disparaître !… en nos occupations — nos affairements, nos émois et nos ennuis
Je nous vois redevenir humbles et sauvages, proches du Vivant… Conscients de qui nous nourrit, de qui nous éblouit
Je lui appartiens — à la planète blanche et bleue
Si elle redevient « rouge », comme aux temps primaires — volcaniques —, c’est la Vie qui risque de régresser, attaquée dans l’oeuf, violée dans sa chimie
Je me rétracte autour de cette idée « d’évolution maléfique » qui, face à nos comportement erratiques, ne cédera pas et s’amplifiera
Les scenarii-catastrophes s’amoncellent ; les échappatoires se réduisent
On s’enlise
« Le pas du sens », on ne le franchit pas : il se déroute de notre possible ; c’est un mirage
J’en visualise l’imaginaire, suspendu dans l’air trouble, voluptueux et accablant
Les volutes gazeuses tracent des chiffres, qui ne trouvent pas leur résolution : dans l’espace virtuel, ils tournent à vide sur des molettes manifestement dé-crantées
Je demeure fascinée par le rayonnement, lourd et tourbillonnant ; par la réverbération, vibrante et aveuglante
Le sucre fond
L’atmosphère caniculaire dérégule la mathématique cosmique de base
Quelque chose de tout cela est saturé, mal-adapté à sa forme originelle ou potentielle
Le rêve n’avance pas ; encapsulé dans le nuage de chaleur, il vrille sur lui-même en une danse de derviche tourneur
« Ce qui voudrait s’exprimer » se trouve bloqué — larvé, empêché, malmené, terrorisé
La forme, dans sa gangue, ne produit rien de viable, qui puisse voir le jour dans le monde constant
La digression est permanente ; le souffle court ; la migraine toujours actuelle, et lancinante
Le monde titube en moi, à la manière d’un alcoolique en surchauffe, en débauche
Je supporte son haleine, pleine ; je soutiens son regard, aliéné
Le monde vit enchaîné
Dans sa geôle, tout de gris vêtu, son coeur, rendu quasi-statique, simule méthodiquement son ralentissement
Il cherche à s’enfouir dans le sol poussiéreux ; quelques cailloux l’en empêchent
Tout est inorganique et sec, désertique et pauvre
Le monde crache sa misère… Sa salive s’écoule de sa bouche fétide — c’est tout ce qui lui reste d’aqueux, comme si toutes ses mers s’étaient évaporées
Le monde est en moi
Sans que je le devienne, il s’immisce dans ma psyché et s’exprime dans mon inconscient
Il crie sa haine de devoir ainsi mourir sans raison autre qu’humaine
Son agonie n’est pas douce, ni tendre
Elle chavire les derniers « dormants » d’un sommeil paradoxal, ultra-léger et non-réparateur
Elle les pénètre par l’absurde et les tétanise par la précision de ses visions
Elle les renvoie aux temps anciens — dans lesquels, déjà, ils disparaissaient
« Ils » — les dormants, rêveurs, humains
« Ils » — les malfaiteurs et les bienfaiteurs, sans distinction
L’amalgame est flagrant, criant et révoltant
Ainsi je me laisse agiter et perturber, dans la seule optique d’appréhender le Mal rampant, agissant
J’en révèle toute la discontinuité et le chaos : toute la non-programmation de fond
« Le Mal » est une mathématique bradée, incomplète, inachevée
… une affaire de « création » mal-agencée, mal-ajustée
Il nous faudrait un saut ou un déboitement : une correction, puis un effacement
Il nous faudrait « un Créateur » plus exigeant de nous — nous, qui spontanément émergeons sans boussole
J’en appelle aux Anges de la Terre ! A ceux que la seule volonté de l’homme ne touche pas, n’affecte pas
Je les supplie, depuis les âmes, de ré-innerver le Royaume et de réalimenter la mer, exsangue d’eau
Je leur demande de se dévoiler littéralement dans leur jus et de se mettre à nu : qu’instantanément, on puisse les repérer comme des « natures vraies » ; qu’il n’y ait plus ni hésitation, ni doute !
Ni tâtonnement, ni perdition ; ni égarement, ni abandon
Avec l’Ange, la température s’abaisse et le pilotage devient plus clair
Avec l’Ange, on se réengage vers la Lumière…
Vers un temps plus paisible d’harmonisation et de mieux-être
Vers une méditation qui se recentre dans la dimension humaine non-arqueboutée, et finalement non-amputée
Plus d’outrances, plus de sermons ; plus de résurgences, plus de démons
Juste un peu plus de « là »… parce que la sensation nous le dira
Dès que le climat, ce dieu étrange, le voudra bien
Dès que l’homme, ce démiurge mal-enchanté, l’exigera donc de lui-même
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