38 - Méditation II
4 septembre (après-midi)
Sortir… Boire le vent et, comme un foulard de mousseline, claquer et s’envoler… disparaître et, sous une autre forme, renaître
Fragile, futile, fertile — les trois à la fois, je suis
Insatisfaite et pessimiste — comme un simple début… juste pour la trajectoire qui, chaque fois, relève le défi de l’histoire
Mes récits, s’il en est, ne sont pas « drôles » ; souvent, ils se décrochent de mouvances extrêmes et aiment à se balader dans des sillons profonds : « le contraste d’impact » est leur meilleur ambassadeur, « la voie du milieu » leur requête de fond
Perplexe et embarrassée
Que ne suis-je lue et comprise, plus ensoleillée !
Le tailleur est la meilleure des postures pour capter l’air et son rayon de photons
La méditation s’apparente à la Lumière : dans la chaire vive et ténébreuse, au fil de l’esprit délirant et voilé… elle se fraie un passage assuré — une synchronisation d’où ré-émerge l’état « premier », bon, sain, connaissant et irradié
Sur le chemin de crête, les gouffres « derniers » toujours menacent, mais, sans les éviter, l’assise exercée permet aisément de les conjurer
La stabilité, puissante, fluide, et redevenue en soi « spontanée », absorbe le relief — l’encaisse et le résorbe, sans l’aplanir, sans même l’altérer
Ainsi « les informations » lâchent-elles leur part de vérité ; ainsi se drainent-elles et se dissipent-elles
Sur mon embarcation, je navigue en des pays variés — tous explicatifs du bien, du mal ou du neutre, des situations traversées
Je ne m’amuse pas ; telle une aventurière dans la jungle, j’explore pacifiquement les terrains : en dénoue les imbroglios, en dé-sature les outrances… en traîne au sol toutes les lianes, robustes ou décomposées
Je m’aligne sur « l’état de fait », et décris les espaces tels que le plus ontologiquement ils apparaissent
C’est le fruit de « la réduction des phénomènes », au plus précis de ce qu’ils sont vraiment — une pratique visant le moindre écart entre l’objet réel et la perception qu’on en a
« Le supra-conscient » nous y amène, sans qu’on ait véritablement à intervenir dans cette manifestation supérieure de la cognition : naturellement, « on regarde, et on voit »
L’accord est physiologique et psychique ; il nous lie à notre entourage et nous implique dans l’environnement
Au point de jonction « émergent », le double mouvement — entre mon corps et mon esprit, et entre toi et moi — est holistique, global
Ce va-et-vient — « UN » —, constant, est ce qui habite et meut le méditant
Possiblement propulsé dans des dimensions non-ordinaires de la conscience : en des endroits boisés ou ensablés, à marée basse ou en altitude élevée
Par ce simple entraînement — entre le bas et le haut, l’interne et l’externe, la Vie et le Nouveau
…
Pétrifiée de vie, alors je deviens : sensible au plus ténu craquement de destin ; électrisée à l’unique fête de la cité ; illuminée devant l’écrit sacerdotal, aux portes de la religion
Je crois…
Non pas aux textes manipulateurs des humains, mais en la simple et vaste « présence » qui les submerge et les amplifie
Les revitalise, sur l’endroit — à défaut de connaître l’envers
Les animalise et les angélise — par les deux bouts !
Les unifie, en un tourbillon de jour et de nuit — en un Tao créateur, universel, omniscient, omnipotent
Je m’ouvre à toi, qui ne me le demandes pas… parce que je suis Lumière et que tu es Roi
Depuis nous deux s’élance une flèche vers une cible inconnue : celle du futur, qui nous arrache au confort terrestre d’aujourd’hui et nous aspire vers la trame spatio-temporelle des exoplanètes alentours
Avec toi, je ferai ce voyage
Avec toi, je m’imaginerai capable de survivre au Grand Départ
… Et de me construire une identité digne du gigantisme cosmique
Comme quand j’étais enfant, dès lors que le vaisseau gagnait sa vitesse de croisière et pénétrait l’atmosphère, juste pour en sortir éphémère
Le noir de la Matière, ou celui de l’Énergie, fait écran pour faciliter le théâtre des ombres chinoises
Tant pis
Sur nous-mêmes, nous ne savons rien de trop direct, ni de trop précis
Tant pis
Avec toi, la confiance me fera perdre mes lubies et l’abstinence retrouver ma fierté
Sur Mars, à l’unanimité, nous ferons « l’humanité »
Nous ne vivrons plus pour nous-mêmes, mais restituerons l’oxygène à la Vie « la plus petite » — aux spécimens les plus spécifiques et aux traces les plus anecdotiques
L’Océan originel, ce grand absent, fera sa réapparition, et le cycle de l'eau reprendra : il pleuvra !
Ensemble, au clair de Phobos et Déimos, nous nous y baignerons et je n’aurai plus peur…
Tu m’apprendras la lueur, en contexte de survie, et je ne verserai plus de pleures
Un peu comme dans les films, tenace et exposée, mon teint sera saillant et décidé : ma mission sera celle de t’aimer
La tienne, celle de nous faire exister
Seront nous seuls, ou accompagnés ?
Vivants, en terres obscures, à la marge d’un système solaire aux portes du néant
Qui sommes-nous ?
Une fois morts, le saurons-nous ?
Je n’attends ici qu’une réponse, forte et unique : AIMER
Je ne m’enferme ici dans aucune autre spéculation que celle, tangible et douce, d’AIMER
Dans des mondes, ou bien dans des vies « parallèles », notre enjeu, toujours plus, sera de nous synchroniser… jusqu’à l’OMÉGA de la Grande Systémie, qui permettra le rebond général de la Vie
Nous ne serons plus au centre de rien
Nous nous dilaterons enfin… en une sphérie sans reflet de nous-mêmes et sans empreinte de tragédie
Comme en cet instant de lecture, nous nous perdrons dans l’incompréhension primordiale et véritable
Le dépassement des concepts fera de nous des hors-la-loi
Nous créerons
Et serons à l'origine d’autres signatures cellulaires, d’autres natures organiques, d'autres sentiences vitales, d'autres créatures dans le secret
Nous nous adapterons aux merveilles… du discours de la Vie quand celui-ci, basiquement, cherche son alphabet
Alors nous nous endormirons, moroses et discrets
Et nous nous ensevelirons, silencieux et concrets
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