37 - Méditation I
4 septembre (matin)
La télévision grésille ; les programmes ont shunté : que vais-je maintenant suivre comme ligne de fuite ?
Confiance en la chair… pour s’abstraire du shaker
C’est comme « une méditation » — qui ne porterait pas ce nom et qui se signerait dans l’émotion
Le cadre, intérieur, vient à manquer ; mais, doucement, attentivement, peu à peu on se laisse pénétrer
Et le rêve alors « prend possession »… avec un arrière-goût de sucre mouillé dans le café
Le confort corporel est essentiel à l’adhérence idéelle
Ne rien forcer ; juste, en désordre, au fond de soi laisser reposer
Et aborder ce qui, là, s’érige
Descendre au niveau de « l’éveil » — le vrai !… et entendre le chuchotement de ses mots mélodiques et discrets
Dans le plaisir gustatif du palais, toujours, accompagner l’arôme tiède et caractéristique qui continue amèrement de se déployer et de s’amplifier
Se réchauffer
S’incorporer ; et, dans la lenteur du process cellulaire, attendre
Abaisser la contrainte, laisser glisser le dilemme ; et accueillir le vent, enfin, en ses larges voiles, à pelures d’oignon… jusqu’au coeur de la saison
Battre la terre, la faire trembler et tressauter dans nos paniers !
Puis, sous des draps devenus transparents, l’envelopper du souffle de nos pères et de nos mères : soudain, l’on voit…
L’objet de notre voix dans ce mystère
Un enfant, câlin, que l’on protège ; un vieillard, nu, dont on tient la main
Toute notre volonté, présente encore dans la Matière
On ne sait comment s’en distraire… Grave est notre décision — de ne pas se soustraire et de convoquer le bréviaire
Libre, je prends corps, les racines en l’air ; valeureuse, je convole en compagnie des cieux
Sont-ils « pleins » ?
Tous me regardent en coin et m’espionnent à couvert
Sont-ils seulement plus connaissants ? Plus sages et plus aimants ?
Ils se penchent du grand balcon, tels des Anges accaparés par une entité déchue
Moi-même ?
Vont-ils descendre me rejoindre ou me collecter ? Vont-ils se taire ou s’exprimer ? Colorés, ils pianotent sur l’arc-en-ciel et dégagent une riche musicalité
Ils apparaissent « en bonne santé »
Quelle ambiance pour moi-même ?… lividement imprimée
Si ce n’est le calme d’une matinée de fin d’été
Si ce n’est la divergence de mes terribles opposés
Si ce n’est, envers toi, mon manque d’appui et d’unité, mon absence d’entrain et de sensibilité
Mon hésitation… à te plaire
Ma déroute à correspondre à l’image de « l’amante » parfaite et comblée
… alors que la route se présente longue et imprévue — à moins qu’elle ne préfère, tout bonnement, sous mes pas, strictement se dérober
Emue et troublée, je demeure avant tout hallucinée
Les cloches ne sont pas celles des mariages à l’ancienne
Rien sur quoi visiblement compter
Juste « l’instant » auquel se raccrocher, et qui revient souvent : celui des baisers
Puissants et généreux, ils me serrent encore fort
Trop peu nombreux, ils m’entêtent toujours de leur parfum essentiel et vivant
Vivre, tu veux !
T’adonner au forage du tunnel par lequel la montagne sera envisagée et courtisée, ascensionnée puis conquise
Les flots, à leur crête, te sont-ils plus résistants que la roche brune, sur l’arrête ?
Tu chemines, et je m’arrête… Je te demande et tu acceptes un temps de jouer l’orchestre — sans chef !
« In-dirigeable, je suis », tu dis
Impilotable, indisciplinable, indéracinable, in-épousable !
Pourtant, tu fais ma vie
Pourtant, tu te lies
Un jour, dans le désert, partirons-nous « nous tester » — là bas, nous rencontrer, nous émouvoir et nous transcender ?
Sans jamais s’interrompre ou se rompre, le tracé de la corde s’obstine à rester tangible et clair
Par la distance, nos envolées sont réprimées ; mais nos chemins sont ouverts et enrichis d’aventures parallèles
Par la main, je te tiens
Par le destin, de tout mon être, je m’astreins et je pèse
Supporter ou défier ?… La réponse est dans « liquéfier », pour t’offrir ton milieu, pour t’immerger dans la substance des chimères qui, en moi, portent l’avenir d’une fourmi, ou bien celle de l’univers
Résister, mais, en moi, laisser passer… le plongeon que tu fais
… jusqu’au four brûlant
… jusqu’à l’étincelle crépitante, puis coulée
… jusqu’à la liqueur dorée
La poche savoureuse s’est crevée ; il n’y a pas d’enfant
Juste un substrat d’amour géant — un relent de continuité végétale, d’attachement animal, de débordement humain
Juste un élan, à recommencement permanent
Tu es « mon mal »
Tu es « ma dent »… Qu’au fil des nuits, je ne la perde pas !
Dans les effluves de la fin, vivras-tu à plein ?
Me confieras-tu un peu de tes noix et beaucoup de ton miel ?
Dans la maison, je ne m’installerai pas : je m’isolerai pour y méditer nos effractions et pour y adoucir nos teint brûlés
J’y reprendrai ma respiration et mon désir, sans filtre, de communiquer
J’y acquerrai le sens de la retenue, du tact et de l’habileté
Je m’emporterai !
Dans tes bras, jusqu’à l’aube, les yeux au ciel, je me stabiliserai
Je ne dormirai pas
Et tu n’auras pas assez de mots pour y lire la complexité des sentiments bénéfiquement contrariés
Entre mes mains, je quête juste un peu de chaleur et de sel ; juste, sur Terre, le revers de la charge et de l’ennui — mortels
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